Raisonnablement, peut on toujours affirmer "Mater semper certa est, pater semper incertus» ?
La question se pose puisque cet adage continue d'être fréquemment agité dans certains cercles, notamment psychanalytiques, comme s'il s'agissait d'une vérité ultime. Mais, qu'en est-il? L’humanité n’a-t-elle subie quant à ses savoirs, son organisation sociale et psychologique quelques modifications, voire quelques évolutions susceptibles de mettre à la question ces absolutismes d'antan ?
La légitimité du père
Nous savons qu'il est de nos jours parfaitement possible de déterminer qui est le père biologique, (si on le souhaite). Par conséquent, l’antique incertitude concernant le géniteur est qu'on le veuille ou non définitivement réglée.
En effet, le père biologique peut-être déterminé de manière tout à fait certaine par l'intermédiaire des tests ADN.
Que la recherche de paternité soit effectuée ou non, ne dépend que de la législation, ou des usages, pas des possibilités scientifiques.
Il devient donc inutile voire dangereux de soutenir que la personne du père est toujours incertaine. Puisque cette affirmation reviendrait à considérer le père comme non soumis aux lois de la nature et de la biologie. Postuler que les découvertes issues de la recherche biologique sont sans effets ou sans incidences dans le domaine de la connaissance dont le champ psychanalytique fait partie serait parfaitement incompréhensible. Freud lui-même n’aurait jamais souhaité que la psychanalyse en vienne à des considérations aussi absolutistes. Il ne suffit plus de s’opposer pour se définir.
Car, en niant la composante biologique de la parenté, et en surestimant de manière outrancière les aspects symboliques ou imaginaires, on en vient à soutenir sans y prendre garde, des aberrations logiques (et généalogiques). Cette négation prend même les accents d'une forme de déni chez de nombreux psychiatres et psychanalystes actuels.
Ainsi récemment encore , Jean-Noel Trouvé, écrivait dans l'ouvrage «Préserver le lien parental» p240 : «...le père dans le réel : le réel, dans la paternité, se limite à l'engendrement, à la paternité biologique, « le père réel, c'est le spermatozoïde » soulignait en plaisantant Lacan. Mais, même si la science vient de franchir, cette butée, le plus souvent : «mater certissima, pater incertus»...Il y a d'autre part ce qu'on peut désigner comme le réel du père au sens de réalisation par le père : un usage plus près de la pratique du père dans la réalité : le père comme l'homme qui fait d'une femme, la mère, la cause de son désir et l'objet de sa jouissance.
On voit tout de suite le forçage et la carence conceptuelle : comment une incertitude-certaine pourrait elle n'exister que le plus souvent? Au passage, on note que le père de la réalité serait l'objet du désir d'une femme, position qui exclut d'emblée toute légitimité biologique du champ de la pensée sans aucune justification intellectuelle pertinente.
Pourtant cette négation du biologique entraîne des erreurs en cascade dans d’autres champs. Ceci tend à montrer que les différents aspects en jeu dans le phénomène de la parenté et de la parentalité sont liés.
On ne peut écarter l'idée que le statut de père ou de mère corresponde, en réalité, à un phénomène unique relevant de champs d’études différents, mais qui composent pourtant entre eux.
Par conséquent, on ne voit pas pour quelles raisons on ne pourrait pas soutenir que le père, c'est aussi le père biologique avec toutes les conséquences que cela impose sur le plan épistémologique.
La position qui consiste à affirmer que ce qui définit le père n’est en aucun cas la biologie est très problématique puisqu’elle défend au nom d’un principe prétendument psychologique une définition restreinte de la paternité qui devient en quelque sorte hors la loi puisqu’elle se fait sur la base d’un déni des règles naturelles et des conséquences juridiques qu’y en découlent.
Malheureusement, cette position théorique actuelle adoptée par de nombreux psys fait le lit de toute une série d’impostures comme les paternités de papier ou la revendication par certaines femmes du statut de père; plus généralement elle constitue un obstacle à une compréhension claire des règles de parenté, et provoque des erreurs d’analyse clinique tout à fait fâcheuses.
C’est ainsi qu’on peut entendre des psys pourtant chevronnés et réputés sérieux affirmer qu'un enfant peut avoir des vrais demi frères et des faux. Les vrais étant ceux issus de la nouvelle union de la mère, et vivant avec l’enfant, et les faux ceux issus de la nouvelle union du père, mais ne vivant pas avec l’enfant.
Le fait pour certains demis frères de vivre avec leur mère, et pour les autres d’en vivre éloignés, ne saurait justifier l’ignorance des règles de parenté et des lois de la génétique. Vivre avec quelqu’un ne suffit en soi en rien à constituer un degré de parenté ou un statut parental.
Les sombres manèges de la mère infanticide
De notre envoyé spécial à Albertville R. T..Publié le 25 août 2007
Les corps des trois bébés de Virginie Labrosse, 36 ans, doivent être autopsiés aujourd'hui.
VIRGINIE LABROSSE, 36 ans, a été mise en examen, hier, pour « meurtre sur mineur de moins de 15 ans », puis incarcérée. La jeune femme a reconnu avoir laissé mourir les trois bébés dont elle avait accouché en 2001, 2003 et 2006. Son compagnon, Philippe, 40 ans, ainsi que son amant, Frédéric, 20 ans, ont en revanche été mis hors de cause.
C'est à l'intérieur de sacs-poubelles déposés dans une malle et un carton, entreposés dans un vide sanitaire de la maison d'Albertville (Savoie), que Virginie Labrosse avait dissimulé les trois nouveau-nés. Alors qu'il préparait les affaires de sa compagne, dont il se séparait, le quadragénaire a fait la macabre découverte. « Virginie Labrosse a passé des aveux complets, explique Henri-Michel Perret, procureur de la République d'Albertville. Elle a expliqué avoir mené ses trois grossesses à l'insu de son concubin. Elle a accouché à son domicile une première fois dans les toilettes, les deux fois suivantes dans la salle de bains. Elle a placé les nouveau-nés avec leur placenta dans des sacs plastique avant de les mettre dans le compartiment congélateur de son réfrigérateur. De 2001 à 2007, elle a dû gérer la congélation et la décongélation de ces trois corps car elle les sortait fréquemment pour éviter que son compagnon ne les découvre. Elle les dissimulait alors dans la maison, à l'intérieur de sacs isothermes. »
«Ils étaient en moi»Les proches de la jeune femme ont tous déclaré aux policiers qu'ils n'avaient jamais remarqué la moindre de ces grossesses. L'autopsie des corps des trois nouveau-nés aura lieu aujourd'hui à Paris. Après avoir d'abord affirmé qu'elle avait laissé mourir tous ses enfants, Virginie a reconnu devant les enquêteurs qu'elle avait peut-être serré le cou de son troisième nouveau-né. Des analyses ADN détermineront également si la jeune femme est bien la mère des trois enfants et qui en est le père. En effet, la justice n'écarte pas l'hypothèse selon laquelle le troisième enfant pourrait avoir été conçu lors d'une relation extraconjugale.
Virginie a expliqué aux policiers son souci de conserver les corps de ses bébés en dépit de grossesses non désirées : « Je ne voulais pas les abandonner, ils faisaient partie de moi. Ils étaient en moi. » Pour le procureur, « il y a là une dimension psychologique et psychiatrique évidente qui rappelle l'affaire Courjault. Dans ce dossier, les expertises psychologiques, psychiatriques, voire psychanalytiques seront de la plus grande importance », souligne le magistrat.
http://www.lefigaro.fr/france/20070825.FIG000000637_
Les confidences de Virginie à ses voisines : "C'est mieux, les enfants des autres. Moi, je n'en veux pas"
De notre envoyé spécial à Albertville RAPHAËL THOMAS.
Publié le 25 août 2007
Née d'une mère alcoolique, séparée de son concubin, elle a dissimulé sans peine trois grossesses.
DANS L'ENTOURAGE de Virginie Labrosse, c'est l'incompréhension et la stupeur. Personne n'arrive à expliquer le comportement de cette jeune femme pourtant décrite comme gentille, joyeuse et souriante.
Depuis le 2 août, Amélie hébergeait chez elle sa meilleure amie Virginie et son jeune amant, Frédéric. « Jamais je n'aurais pu imaginer une telle chose. Elle disait qu'elle ne voulait pas d'enfants par rapport à sa propre enfance », explique-t-elle. Virginie a confié aux policiers avoir connu une enfance difficile avec une mère alcoolique qui la délaissait. Dans la cité HLM où la jeune femme a résidé plusieurs années, les anciens voisins de Virginie sont choqués. « Je voyais qu'elle n'avait pas d'enfants, alors je lui disais : « Il faut en faire un, c'est bien, tu verras. » Elle me répondait : « C'est mieux, les enfants des autres ; moi, je n'en veux pas », confie une de ses ex-voisines.
Il y a deux ans, Virginie est tombée amoureuse d'un étudiant, Frédéric. « Quand on les voyait ensemble, leur amour crevait les yeux », commente Amélie. Il faut dire que le couple de Virginie battait de l'aile depuis longtemps. En 2001, Philippe, son concubin, avait été condamné à sept mois de prison ferme pour agression sexuelle sur une jeune auto-stoppeuse. Lorsque Virginie accouche de son premier enfant, il est derrière les barreaux. « Cela a peut-être joué un rôle majeur dans sa détermination de ne pas garder l'enfant », analyse le procureur, Henri-Michel Perret.
Pourtant, en 2006, le couple fait construire une belle maison dans le quartier de Saint-Sigismond, à Albertville. Il y a quelques jours, Virginie confiait encore à Amélie : « Elle m'a dit : »Si tu savais ce que Philippe m'a fait, tu ne comprendrais pas comment je suis restée aussi longtemps avec lui.* ». Virginie et Philippe se sont connus il y a seize ans, dans la station des Saisies, alors qu'ils étaient tous les deux saisonniers. Depuis, Philippe était devenu plombier-chauffagiste et travaillait beaucoup. Virginie était femme de service par intérim dans un centre d'accueil communal. Leur relation était chaotique depuis des années, mais c'est récemment que Virginie avait choisi de rompre.
«Pas d'émotion particulière» Quand on évoque la mort du troisième enfant de Virginie, Amélie s'écrie : « J'espère qu'il n'était pas de Frédéric ! » Récemment, Virginie avait confié à son amant qu'elle avait avorté il y a plusieurs années. « Puis elle s'est reprise et a dit que c'était une bêtise », raconte Amélie. Frédéric a affirmé devant les policiers qu'il n'était pas au courant de la troisième grossesse de Virginie. Celle-ci a expliqué durant sa garde à vue que toute grossesse provoquait chez elle un stress si important que cela la faisait maigrir. « Elle perdait jusqu'à dix ou quinze kilos à chaque fois. Son entourage ne s'apercevait de rien », explique le procureur.
Lors de la découverte des corps de ses trois enfants, Virginie Labrosse, pourtant arrivée sur place, est restée d'une grande froideur. « C'est à moi », a-t-elle dit aux policiers en désignant les bébés. En garde à vue, elle n'aurait « manifesté aucune émotion particulière, ce qui est caractéristique dans les cas d'infanticide », commente le procureur.
Son ex-concubin cherche lui aussi à comprendre son comportement. Mercredi, devant les policiers, il a lâché, très choqué : « Ce n'est pas possible, ces enfants ne sont pas ceux de ma femme. Ils doivent appartenir à quelqu'un d'autre. » Aujourd'hui, il doit se résoudre à admettre la triste réalité.
Malheureusement, toutes les mères n'arrivent pas à prendre de la distance avec cette théorie qui leur demande d'être le socle de toute chose et ne fait qu'alimenter leur sentiment de culpabilité de ne pas être cette mère "suffisamment bonne" dont n'arrêtent pas de parler les psychanalystes. Ce sentiment de culpabilité est d'ailleurs particulièrement développé chez les mères qui entretiennent cette idée d'une prétendue continuité entre la vie in-utéro et la vie post natale. Sentiment de culpabilité renforcé voire créé de toute pièce par cette idée de "sensualité in utéro" qui permettrait de connaître sa mère au nom du fait qu'elle nous aurait porté.
Cet argument ici développé par Jean Pierre Winter part d'une conception du sujet humain très curieuse, puisqu'avant même d'exister légalement, avant même d'être achevé neurologiquement, l'embryon aurait quand même une existence en tant que sujet, et une capacité de discernement au moins sensuelle. Ceci me semble relever de la pure profession de foi et du seul domaine de la croyance.
Il s'agit d'un argument indémontrable cliniquement. Rien n'a jamais pu être établi de l'existence d'un appareil psychique in utéro, et personne n'a jamais associé librement chez son analyste sur ses perceptions anténatales sans passer pour psychotique.
En outre, cette croyance est de nature à renforcer dans leurs convictions les opposants à l'avortement puisque le foetus y est strictement identifié au sujet humain.
En réalité, toute mère et tout enfant ont au contraire, à faire l'expérience de la coupure radicale et du traumatisme de la naissance, et pas du tout l'expérience de cette fictive et indémontrable continuité dont l'hypothèse n'est pas plus sérieuse que celle d'un instinct maternel qui reposerait exclusivement sur des pulsions de vie.
Les «paternités blanches» démontrent l’absence de fiabilité de la parole maternelle et imposent la reconsidération du registre biologique de la filiation dans son intrication avec les registres affectifs et légaux
L’exemple dramatique des paternités dites blanches ou de papier démontre à quel point la parole maternelle peut-être mensongère et vénale dans certaines cas.
« Moyennant finance, des femmes sont prêtes à déclarer qu'un étranger en situation irrégulière est le père de leur enfant pour lui permettre de se procurer des papiers. Un trafic en plein essor. »« On les appelle les paternités « blanches » ou « de papiers ». Fictives, celles-ci se multiplient, permettant à certains ressortissants étrangers d'obtenir frauduleusement un titre de séjour. « Tout le monde peut reconnaître un enfant qui n'est pas le sien », souligne ainsi François-Noël Buffet, sénateur (UMP) du Rhône et auteur d'un rapport sur l'immigration. Il suffit de se rendre à l'état civil dans la ville où l'on réside, et de se déclarer père, quel que soit l'âge de l'enfant. Aucune preuve n'est réclamée à ce stade. »« Mais, reprend le sénateur, les surprises commencent dès que l'on creuse un minimum. »« Moyen efficace d'obtenir une carte de séjour de dix ans dans une préfecture, les paternités ''blanches'' se négocient entre 2 000 et 5 000 euros. »« Concrètement, cet abus de droit se décline sous plusieurs formes. L'une d'elles concerne des femmes en situation régulière et mères d'un enfant né en France, qui proposent à des sans-papiers d'acheter la paternité de leur progéniture. Souvent fortuits au départ, ces petits arrangements se transforment peu à peu en filière. Le forfait se négocie entre 2 000 et 5 000 euros, selon l'âge du bébé. Le bouche à oreille chez les sans-papiers en fait désormais le moyen le plus sûr d'obtenir directement une carte de séjour de dix ans. À condition de subvenir aux besoins éducatifs, matériels et affectifs de l'enfant, la carte est obtenue au bout de deux ans, contre cinq ans de délai pour un mariage. »« En Ile-de-France et dans le Sud-Est, le phénomène s'apparente à un véritable business.»Dans son dernier rapport d'activité, le médiateur de la République avait tiré la sonnette d'alarme, notamment après avoir reçu la lettre d'une grand-mère inquiète pour son petit-fils. « Sa fille avait vendu la paternité de l'enfant à un homme qui habitait le même quartier que le père naturel, confie Jean-Paul Delevoye. De plus en plus, l'enfant fait l'objet d'un marchandage. » Sans pouvoir chiffrer la fraude, les autorités remarquent donc une explosion des régularisations de « parents d'enfant français ». En 2000, quelque 4 445 cartes de séjour avaient été délivrées à ce titre, contre 10 358 en 2004. Tout ne relève pas entièrement de la fraude, mais démontre qu'une nouvelle porte d'entrée clandestine en France a été identifiée.À Mayotte, la situation est inverse : des femmes étrangères viennent y accoucher, espérant ainsi obtenir des papiers. Le nombre de titres de séjour accordés sur la filiation a bondi de 882 en 2001 à 4 146 en 2004... Censée freiner le trafic, une loi spécifique à l'île et votée en juillet 2006 impose au conjoint d'une clandestine de prendre à sa charge les frais de maternité. Valable pour toute la France, un amendement est, quant à lui, venu sanctionner les paternités blanches comme les mariages de complaisance : cinq ans de prison et 15 000 euros d'amende...»
Par conséquent, continuer à penser la parole maternelle comme l’origine de toute chose, en rangeant la science au titre des épiphénomènes rassemble tous les ingrédients d'une imposture radicale.
En considérant ces paternités blanches on comprend mieux l’idée actuelle d’un recours aux tests ADN pour justifier la filiation, beaucoup moins, au fond, le tollé provoqué par cette idée.
Sauf à considérer que ce qui est admis pour les étrangers devrait l’être de manière beaucoup plus habituelle et moins procédurale pour les pères français eux-mêmes, ce qui semble poser un problème juridique dans un cas et pas dans l’autre?!
Mais il y a aussi dans le désir de faire de la parole de la mère, le point de départ de toutes choses en ce qui concerne le psychisme humain, une impasse théorique majeure et un double déni, non seulement de la science et des tests de paternité, mais aussi de la clinique.
Car, pour peu qu’on accepte d’écouter les pères, la clinique démontre de manière indiscutable que le père se constitue bien plutôt par la manière dont il va mettre en adéquation ses sentiments, ses actes et son dire pour se faire reconnaître comme père vis-à-vis de la société et interlocuteur de son nouveau-né, que par le statut que la parole de la mère lui confèrerait.
Se faire reconnaître comme père par la société en reconnaissant son enfant ne signifie nullement « s’instituer père » de soi même, dans une sorte d’auto proclamation, mais revient pour les hommes à poser l’acte inaugural qui leur permet de prendre date dans la parentalité. Car les démarches attendues du père sur le plan de l’éducation de l’enfant sont toujours plus nombreuses et imposent toujours plus de considération quant à la légitimité paternelle.
Ainsi, il n’y a nullement à s’inquiéter des nombreux tests en recherche de paternité effectués actuellement par les pères français à l’étranger via Internet, mais au contraire à les reconnaître comme des actes inauguraux fondant les comportements parentaux à venir au regard des nouvelles responsabilités et des nouveaux rôles qu'on voit les pères d'aujourd'hui tenir auprès de leur enfant.
Aussi, on ne saisit pas, dès lors que la responsabilité du père est reconnue et attendue, au moins jusqu’à la majorité de l’enfant, l'impossibilité juridique dans laquelle il est maintenu de s’assurer de la réalité biologique qui sous tend ses obligations.
Dès lors qu'un homme ne considère pas son rôle comme anecdotique ou symbolique dans l’éducation de l’enfant, on comprend même assez bien qu’il ait envie de vérifier le bien fondé du lien génétique qui sous tend sa filiation avec son enfant. Car, ça n’est pas d’aujourd’hui que le doute est permis quant à la parole humaine quand bien même s’agirait-il d’une parole féminine. Dans le même temps, l'intégralité des fictions télévisées qu'elles soient américaines ou européennes diffusées actuellement vante les mérites de l'expertise et de l'investigation biologique en toutes circonstances, et notamment en terme d'identification des personnes. Il y a donc un décalage total entre les usages modernes des tests ADN et le droit des pères et des enfants.
Aux dernières réactions de certains parlementaires on aurait même l'impression qu'il faudrait justifier et camoufler à tout prix les adultères maternels. Or, l'adultère est encore reconnu par certaines cours comme un motif légal de divorce. Ce qui veut dire qu'à la limite, cette attitude parlementaire revient à une demande de légalisation de la dissimulation de preuve!
Il est aujourd’hui possible d’établir la filiation indépendamment de la toute puissance supposée à la parole, il n’y a aucune raison de considérer cette possibilité comme négative ou dangereuse, pour l'ordre social ou moral.
Au contraire, l’enjeu en vaut la chandelle pour l’avenir de l’enfant dans sa relation à son père, en terme de parentalité paternelle. Mieux vaut un père vérificateur qui se donne les moyens d’annuler ses doutes, qu’un père qui les refoule pour se soumettre toute sa vie à la parole de sa femme sans pour autant jamais réellement la croire, n’y tenir la moindre place pour l’enfant, ne pouvant se reconnaitre réellement comme père et pleinement jouer son rôle.
Cette reconnaissance de l’enfant par ses parents est donc toute aussi importante du côté du père que du côté de la mère, car le constat clinique le plus élémentaire démontre que le lien parent enfant a à se créer aussi bien pour le père que pour la mère. Le lien mère enfant n’est pas plus présent, par avance, déjà constitué, que le lien père enfant, et il n’est pas moins dépendant de l’acceptation par la mère du rôle qu’elle aura à jouer en tant que parent que le lien père enfant.
Ce que la clinique démontre sans la moindre ambiguïté est que pour les deux parents la composante biologique intervient toujours dans le discours à un moment ou à un autre, même si elle ne suffit pas à définir la parentalité, puisqu’elle n’offre aucune garantie quant au fait que l’enfant sera véritablement reconnu, accepté et désiré par ses deux parents.
Encore faut-il que cette reconnaissance de l’enfant puisse se faire par l’identification claire des protagonistes parentaux, sans aucune spoliation, imposture, non-dits ou contre vérités.
La mère plus incertaine que le père ?
On pourrait même dire qu'elle s'impose d'autant plus qu'on observe une sacralisation toujours grandissante du féminin par les psychanalystes, et une présentation toujours éronée du maternel comme un socle indiscutable en raison d'une prétendue continuité de nature entre la gestation et la prise en charge périnatale ptrétenduement fusionnelle avec la mère.
L'accouchement sous X et l'adoption suffisaient déjà à nous montrer la nécessaire disjonction entre la gestation et l'exercice affectif effectif de la fonction maternelle, le don d'ovocytes et la gestation pour autrui viennent de surcroît interroger la réalité maternelle biologique.
En effet, si le père biologique se réduit au spermatozoïde fécondant, à l'inverse la mère biologique ne peut se résumer à une correspondance aussi univoque. En effet, la mère doit elle être repérée dans l'utérus qui accueille l'ovocyte, ou l'ovule qui donnera lieu à la fécondation?
Autrement dit la mère biologique doit-elle être repérée dans la cellule qui porte le patrimoine génétique ou la femme qui porte le foetus?
Question qui ne se pose pas du côté du père biologique.
Paradoxalement, c'est justement parce que le père n'est pas "gestant" qu'aucune question ne se pose quant à son identité biologique.
Et il ne sert à rien d'interdire la gestation pour autrui comme c'est le cas en France, la question de l'identité maternelle continue de se poser (puisqu'elle est structurale et structurelle).
Il n'y a donc pas à s'étonner que des parents toujours plus nombreux se tournent vers l'étranger pour accéder à la parentalité.
Le triste triple exemple des enfants congelés par leurs mères biologiques, nous avait déjà indiqué qu'il ne suffit pas à une femme de porter un enfant pour exister concrètement en tant que mère pour le nourrisson.
Le phénomène de la gestation pour autrui le confirme, puisque des femmes acceptent de porter l'ovocyte produit de la fécondation de l'ovule d'une autre femme avec le père biologique, afin de donner naissance à un enfant que par principe elle ne souhaitent pas élever.
Qui sera la mère dans ce cas?
Il n'y a très clairement aucune réponse admissible à cette question au titre d'un prétendu universel humain structural préexistant et a-temporel. La meilleure preuve en est que les législations de pays européens voisins sont, non seulement différentes, mais incompatibles entre elles pour aborder cette question.
Mais la question divise également la communauté psychanalytique française, affirmation qu'il devient possible de soutenir depuis la récente et intéressante prise de position publique dans le journal le monde par la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval.
Voir l'article intégral relatant l'interview de la psychanalyste tel qu'il est paru en ligne le 10/02/08.
Georges BLOND.
Le temps des "mères porteuses"
LE MONDE | 09.02.08 | 14h14 • Mis à jour le 10.02.08 | 18h05
La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, spécialiste de l'assistance médicale à la procréation, estime indispensable d'autoriser la pratique de la gestation pour autrui (GPA) en France.
La gestation pour autrui (GPA), qui s'adresse en premier lieu aux femmes présentant une pathologie utérine, va-t-elle entrer dans l'arsenal courant de la lutte contre la stérilité ?
LOIS DE BIOÉTHIQUE
En France, la loi du 29 juillet 1994 relative au respect du corps humain interdit la gestation pour autrui (GPA). Pour contourner cette interdiction, les couples se rendent dans un pays étranger où cette technique médicale est autorisée. Mais, à leur retour, ils ont des difficultés à faire enregistrer par l'Etat français la filiation de leurs enfants. Une affaire récente, qui concerne la situation juridique de jumelles nées d'une GPA en 2000, offre une ébauche de solution : le 25 octobre 2007, la cour d'appel de Paris a confirmé la transcription à l'Etat civil français des actes de naissance de ces deux enfants. La révision des lois de bioéthique est prévue pour 2009.
À LIRE
Famille à tout prix de Geneviève Delaisi de Parseval. Ed. du Seuil, 400 p., 22 euros.
Très probablement. Environ 10 000 bébés conçus dans le cadre d'une GPA sont nés aux Etats-Unis depuis une vingtaine d'années, et cette pratique est désormais autorisée dans de nombreux pays. Depuis la première fécondation in vitro (FIV, 1984) et le premier don d'ovocyte (1988), la fonction maternelle, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, peut ainsi se répartir entre trois femmes distinctes : la mère "d'intention" (qui élèvera l'enfant), la mère "génétique" (qui donnera l'ovocyte si besoin est) et la mère "gestatrice", terme aujourd'hui préféré à celui de "mère porteuse". Ces nouvelles façons de faire des bébés vont d'autant plus se développer que personne, aujourd'hui, ne supporte l'infertilité. Pas plus les médecins "fivistes" que les couples parentaux.
La France, où la pratique des "mères porteuses" est interdite par la loi bioéthique de 1994, est-elle en retard ?
Dans ce domaine, oui. La pratique de la GPA est aujourd'hui légale - ou du moins régulée par la déontologie médicale - dans de nombreux pays. En Europe, plusieurs d'entre eux ont déjà légiféré : la Grande-Bretagne en 1998, la Grèce en 2000, la Finlande et la Belgique en 2007. Tous l'ont fait dans des conditions rigoureuses, certaines lois prévoyant pour la gestatrice le remboursement par l'Etat des dépenses médicales. Voire, comme en Grèce, un dédommagement financier.
Vous figurez parmi les rares psychanalystes à vous prononcer pour la GPA. Pourquoi estimez-vous urgent, en France, de légiférer à nouveau sur ce point ?
Pour deux raisons majeures. La première, c'est que cet interdit représente une grave injustice vis-à-vis des femmes dont la stérilité est d'origine utérine, alors qu'on déploie par ailleurs une panoplie fabuleuse de traitements pour toutes les autres formes d'infertilité. La seconde, c'est que si on ne légifère pas, de plus en plus de couples se lancent dans des parcours hasardeux de "tourisme procréatif" pour trouver une femme susceptible de porter leur bébé. On estime qu'ils sont actuellement 300 à 400, chaque année, à faire ainsi appel à une aide étrangère. Or cette pratique, si elle n'est pas encadrée, présente des risques de dérives. Dans une GPA bien accompagnée, ce risque disparaît. C'est une histoire qui se déroule entre deux femmes, qui se connaissent tout naturellement. Certains protocoles prévoient même qu'elles se rencontrent plusieurs fois durant la grossesse.
Pour les femmes ayant une pathologie utérine, peut-on imaginer une autre perspective que la GPA dans un avenir proche ?
Non. La gestation intégrale en dehors du corps de la femme pose encore des problèmes techniques insurmontables, notamment pour suppléer l'ensemble des fonctions physiologiques assurées par le placenta et l'utérus. De même pour la greffe d'utérus, à laquelle personne ne croit vraiment. Et même si ces perspectives devenaient techniquement possibles, elles me semblent au plan psychologique infiniment plus lourdes que la GPA.
Cette gestation "par autrui" ne risque-t-elle pas de compliquer les relations entre l'enfant ainsi conçu et sa mère légale, celle qui l'élèvera ?
En anglais, il y a deux termes pour désigner la maternité : maternity et motherhood. Le premier désigne la mère proprement dite, et le second le "devenir mère". Ce que la psychanalyse a montré, c'est que ce "devenir mère" ne coïncide pas forcément avec la seule grossesse. Celle-ci, bien sûr, représente un temps privilégié d'élaboration du processus psychique mis en oeuvre. Mais l'adoption montre bien que la grossesse n'est pas l'alpha et l'oméga de la maternité. Une mère d'intention peut sans difficulté devenir une excellente mère sans jamais avoir porté son bébé. Quant au vécu de l'enfant ainsi conçu, il est encore trop tôt pour le connaître. Mais les risques psychiques d'une telle situation ne sont pas, dans mon expérience clinique, plus grands pour l'enfant que dans d'autres formes modernes de procréation, tels le don d'ovocyte ou "l'accueil d'embryon".
Quelle place la mère gestatrice prendra-t-elle dans la vie de l'enfant, si cette situation, comme la FIV aujourd'hui, devient relativement banale ?
En général, la gestatrice ne cherche pas à maintenir un lien étroit avec les parents d'accueil. Sa présence se limite souvent à une carte de voeux annuelle. Mais cela suffit à maintenir une sorte d'engagement moral, qui permettra, lorsque l'enfant sera plus grand, de lui parler de cette femme qui l'a mis au monde. A cet égard, les choses se passent de façon beaucoup plus simple dans les familles qui ont eu recours à une simple GPA que dans celles qui ont eu recours, de surcroît, à un don d'ovocyte. Car une grossesse ne dure que neuf mois, alors que les conséquences d'un don de gamètes se jouent sur plusieurs générations.
Si le recours à la GPA augmente trouvera-t-on suffisamment de femmes volontaires pour accepter cette mission ?
Lorsqu'on les interroge sur leurs motivations, on s'aperçoit que ces "mères porteuses" ont presque toujours connu une histoire de filiation un peu atypique : ce sont souvent des femmes généreuses qui mettent en oeuvre, à travers ces gestations, un processus de réparation. De plus, la plupart d'entre elles adorent être enceintes. Il est donc probable que certaines femmes, si on leur en donne la possibilité, s'accompliront dans une GPA.
Pour les couples gays désireux d'avoir des enfants, la GPA représentera-t-elle une voie privilégiée ?
Si les lois l'autorisent un jour, elle pourrait en effet constituer un palliatif à cette forme "sociologique" de stérilité masculine des couples homosexuels. De nombreux couples gays préféreront cette solution à l'adoption, car elle leur garantit que l'enfant à naître sera génétiquement lié à l'un des deux parents.
GPA, don d'embryons, homoparentalité... dans dix ou vingt ans, comment imaginez-vous les fêtes de famille ?
Tous ces bouleversements font que la famille coïncide de moins en moins avec le couple procréateur. Une nouvelle forme de parenté est en train de se construire sous nos yeux : une famille non plus seulement de sang ni même d'héritage. Comme la procréation sera de plus en plus médicalisée - surtout si l'on continue à retarder l'âge du premier accouchement -, ces cas de figure ne feront que croître. Les réunions de famille deviendront donc de plus en plus "multicomposées", de plus en plus sociales. Le tout, il faut l'espérer, dans la plus grande transparence.
Propos recueillis par Catherine Vincent
Article paru dans l'édition du 10.02.08.
Gamma
Fécondation in vitro par injection de l'ADN d'un spermatozoïde dans un ovocyte.
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