Pater non semper incertus, mater non semper certa 

 
Raisonnablement, peut on toujours affirmer "Mater semper certa est, pater semper incertus» ?
La question se pose puisque cet adage continue d'être fréquemment agité dans certains cercles, notamment psychanalytiques, comme s'il s'agissait d'une vérité ultime. Mais, qu'en est-il ? L’humanité n’a-t-elle subie quant à ses savoirs, son organisation sociale et psychologique quelques modifications, voire quelques évolutions susceptibles de mettre à la question ces absolutismes d'antan ?
 
La légitimité du père
 
Nous savons qu'il est de nos jours parfaitement possible de déterminer qui est le père biologique, (si on le souhaite). Par conséquent, l’antique incertitude concernant le géniteur est qu'on le veuille ou non définitivement réglée.
En effet, le père biologique peut-être déterminé de manière tout à fait certaine par l'intermédiaire des tests ADN.
Que la recherche de paternité soit effectuée ou non, ne dépend que de la législation, ou des usages, pas des possibilités scientifiques.
Il devient donc inutile voire dangereux de soutenir que la personne du père est toujours incertaine. Puisque cette affirmation reviendrait à considérer le père comme non soumis aux lois de la nature et de la biologie. Postuler que les découvertes issues de la recherche biologique sont sans effets ou sans incidence dans le domaine de la connaissance dont le champ psychanalytique fait partie serait parfaitement incompréhensible. Freud lui-même n’aurait jamais souhaité que la psychanalyse en vienne à des considérations aussi absolutistes. Il ne suffit plus de s’opposer pour se définir.
 
Car, en niant la composante biologique de la parenté, et en surestimant de manière outrancière les aspects symboliques ou imaginaires, on en vient à soutenir sans y prendre garde, des aberrations logiques (et généalogiques). La négation du biologique entraînant des erreurs en cascade dans d’autres champs. Ceci tend à montrer que les différents aspects en jeu dans le phénomène de la parenté et de la parentalité sont liés.
On ne peut écarter l'idée que le statut de père ou de mère corresponde, en réalité, à un phénomène unique relevant de champs d’études différents, mais qui composent pourtant entre eux.
Par conséquent, on ne voit pas pour quelles raisons on ne pourrait pas soutenir que le père, c'est aussi le père biologique avec toutes les conséquences que cela impose sur le plan épistémologique.
La position qui consiste à affirmer que ce qui définit le père n’est en aucun cas la biologie est très problématique puisqu’elle défend au nom d’un principe prétendument psychologique une définition restreinte de la paternité qui devient en quelque sorte hors la loi puisqu’elle se fait sur la base d’un déni des règles naturelles et des conséquences juridiques qu’y en découlent.
 
Malheureusement, cette position théorique actuelle adoptée par de nombreux psys fait le lit de toute une série d’impostures comme les paternités de papier ou la revendication par certaines femmes du statut de père; plus généralement elle constitue un obstacle à une compréhension claire des règles de parenté, et provoque également chez les psy eux-mêmes des erreurs d’analyse clinique tout à fait fâcheuses.
 
C’est ainsi qu’on peut entendre des psys pourtant chevronnés et réputés sérieux affirmer qu'un enfant peut avoir des vrais demi frères et des faux. Les vrais étant ceux issus de la nouvelle union de la mère, et vivant avec l’enfant, et les faux ceux issus de la nouvelle union du père, mais ne vivant pas avec l’enfant.
Le fait pour certains demis frères de vivre avec leur mère, et pour les autres d’en vivre éloignés, ne saurait justifier l’ignorance des règles de parenté et des lois de la génétique. Vivre avec quelqu’un ne suffit en soi en rien à constituer un degré de parenté ou un statut parental.
Malheureusement ce type d’erreur de conception et de confusion des registres est de plus en plus répandu. Comme si l’ambiance de pensée unique et de simplification à outrance des phénomènes humains conduisait à ne prendre en compte qu’un seul des aspects en jeu dans ces phénomènes et à ignorer superbement tous les autres.
 
On constate donc qu'à méconnaître l'importance d'un des versants de la parentalité et des règles de filiation, on en vient à se fourvoyer et à soutenir des aberrations qui peuvent avoir de lourdes conséquences dans le travail psychologique avec l’enfant en terme de restitution de la vérité et de possibilité de repérage généalogique, facteurs dont a besoin tout enfant pour se structurer. Car à méconnaître un seul des versants de la réalité parentale on peut en arriver du même coup à méconnaître les règles fondamentales de la parenté dans leur ensemble, et on ne peut plus guider l’enfant dans la démarche de différenciation qu’il a à accomplir pour se repérer dans tous ces liens qui se font et se défont.
L’identification à tort du père comme étant toujours celui (ou celle) qui partage la vie de la mère peut conduire à galvauder sa définition et son statut en le démultipliant inutilement entre fonction et rôle avec pour conséquence immédiate de convoquer même les plus chevronnés d’entre les psys à des méprises généalogiques et langagières fort gênantes de nature à les discréditer aux oreilles de ceux là même qu’ils seraient censés aider.
 
Qu’il vive ou non avec l’enfant, le père lui transmet encore, la moitié de ce qui va le constituer en terme de patrimoine génétique. De ce seul fait, le père a une existence réelle et concrète qui laisse des traces, même si celles-ci ne sont «que» génétiques ; (sans être obligatoirement symboliques, c'est-à-dire : produites par l’opération signifiante de la métaphore du nom du père, comme on pourrait dire en termes psychanalytiques).
Etablir à coup sûr la filiation biologique d'un enfant au moyen des tests ADN est une possibilité nouvelle, indéniable, que nous offre la science de lever des incertitudes dans le registre de la parenté. C'est un fait important, une donnée indiscutable, à prendre en compte dans toute discussion au sujet de la filiation.
Qu'il soit fait appel ou non aux tests ADN dans la réalité : la possibilité de déterminer qui est le père existe bien, même s’il ne s’agit «que» du père biologique.
 
En raison du caractère irréfutable des possibilités biologiques, la question de la légitimité du père se pose d’une toute nouvelle façon, qui en appelle à remettre radicalement en cause la position psychanalytique traditionnelle qui vise à faire du père une simple figure de rhétorique, ne dépendant que du discours de la mère, et étant conditionné par lui.
 
Se prétendre père, en rupture avec la biologie, peut toujours se faire, et se fait toujours, mais cette position qui revendique une qualité au   nom d'un état de fait accompli  ou simplement d'un fantasme n’a sans doute plus la même signification dès lors qu’il existe une légitimité biologique.
 
La revendication d’une légitimité adoptive au sens large, hors statut naturel, en raison d’un état de fait de l’exercice du rôle de père ou de parent ne garantit en rien que ce rôle joué corresponde à l’accomplissement d’une fonction parentale, car bien souvent, elle se construit en pure spoliation du lien affectif initial père enfant.
 
Cette revendication ne peut devenir légitime que par la loi qui prévoit tout à fait la délégation de l’autorité parentale à un tiers, mais c’est au juge à en décider, en principe avec l’accord du père légitime.
Il apparaît tout à fait important de maintenir cette légitimité d’exercice dans un assujettissement à la demande. Ainsi, la légitimité d’exercice aujourd’hui ne peut devenir légale que par une démarche volontaire et un accord entre les différents protagonistes (le père, la mère le ou les tiers et le juge), ce qui apparaît tout à fait judicieux.
Rendre automatique dans le droit cette légitimité d’exercice sans son assujettissement à une demande serait à mon sens inutile et cause de troubles. Pour cette raison je ne vois nullement l’utilité de conférer un statut légal au  beau parent, puisque la loi lui permet déjà d’en obtenir un sous réserve de l’accord des parents légitimes.
Se construire un père pour l’enfant peut aussi, bien entendu, toujours se faire, mais en aucun cas cette légitimité affective bien que très importante, ne doit être confondue avec la légitimité tirée du droit, ça n’est évidemment pas à l’enfant de décider de son propre statut légal ou naturel.
En tout état de cause, il existe désormais au côté de la légitimité biologique maternelle une légitimité biologique paternelle.
 
Pour terminer sur ce point, je rappelle qu’il existe très certainement des millions de pères, tout à la fois pères biologiques, pères légaux et pères affectifs, mêmes si des dizaines de milliers d’entre eux n'ont plus la possibilité d’élever leur enfant au quotidien. Cette question de l’éloignement des pères de l’éducation de l’enfant, minoritairement de leur propre initiative, ne saurait en aucun cas servir à justifier qu’on continue à considérer l’ensemble des pères, par principe, comme chronologiquement secondaires par rapport à la mère dans les phénomènes de structuration, et aisément remplaçables pour l’éducation de l’enfant.
Encore moins, qu’on donne des droits au nouveau compagnon de la mère pour se comporter "comme un père" avec un enfant qui n’est pas le sien. D’autant que l’implication précoce des pères modernes donne matière à étudier sous un nouvel angle les phénomènes d’attachement, père-enfant, et les troubles que leur rupture implique, études qui n’ont à ma connaissance jamais été faites.
 
La science permet aujourd’hui de penser l’unicité du père, d’affirmer qui il est, au départ.
Certes l’envolée des divorces, les ruptures et les tentatives de recompositions accroissent le nombre des interlocuteurs de beaucoup d’enfants : raison de plus pour ne pas officialiser, un père pluriel, décomposé, en plusieurs intervenants.
La décomposition des différentes facettes du père et leur répartition en différents pères (papa Jean et Papa Jean-Paul, par exemple, ou papa de la semaine et papa des vacances) est au contraire très présente dans la pathologie de l’enfant.
La co-parentalité ne peut être prise pour de la co-paternité puisque celle-ci est de fait inconcevable en terme de filiation biologique.
Si l’accès à la recherche de paternité était légalement rendu possible pour les pères, « Trois hommes et un couffin » deviendrait enfin une pure fiction. Le succès de ce film semble d'ailleurs faire écho à l'aberration et l'incohérence dans laquelle notre société se trouve à l'égard du père. Nous disposons pourtant du savoir scientifique qui nous permettra d'arrêter les fanfaronnades au sujet de l'indéfinition du père.
 

La fin de la nécessité de sacralisation de la parole de la mère                                            
 
 
Aussi, la sacralisation et la toute puissance que certains psychanalystes s'obstinent encore à conférer à la parole de la mère en continuant de présenter celle-ci comme source inépuisable et inextinguible, seule habilitée à définir qui est le père, n’a plus de raison d’être, et ne fait qu'alimenter cette incohérence sociale.
 
Les exemples de cette attitude curieuse de sacralisation de la parole maternelle par les psychanalystes sont si nombreux qu’on pourrait se demander si certaines pratiques psychanalytiques ne s’instituent pas suivant un système de pensée purement et exclusivement idéologique, sans plus aucun rapport pertinent avec les faits psychiques, tels qu’ils sont rapportés par les humains eux-mêmes, en entretien psychologique, ou tout simplement tels qu'ils sont observables dans la réalité de tous les jours.
Si bien que pour de nombreux psychanalystes: le père n’a rien à faire ni avec la loi, ni avec la biologie, (les deux étant d’ailleurs souvent confondus à tort). 
 
Ainsi, Jean-Pierre Winter, psychanalyste de l’école du coût freudien, croit bon d’écrire dans son article intitulé « des liens innommables »paru en 1995 dans l’ouvrage collectif sous la direction de Théry I.  : « Recomposer une famille, des rôles et des sentiments », je cite :
 
" Le père est avant tout symbolique. C’est celui qui nous introduit à la fois au langage et à la Loi. Finalement, si nous connaissons notre mère par les sens (ne serait-ce que parce qu’elle nous a porté), le père est, lui, le résultat d’une élaboration intellectuelle : on se construit un père. Pour ce faire, on peut se servir du père réel rencontré par hasard auprès de la mère. Mais ce n’est pas nécessaire. Pour construire le père, on s’appuie sur ce que dit la mère : « cet homme est ton père ». Au-delà des techniques qui se targuent de prouver la paternité biologique, l’existence du père tient donc à la parole. Et que vaudra jamais un examen biologique face à la parole de la mère ? Au point de vue de l’organisation de la névrose quand une mère affirme  « cet homme n’est pas ton père », la science ne peut pas y changer grand-chose."
 
Un consensus plus ou moins explicite s’établit dans la communauté psychanalytique autour de cette question de la définition paternelle qui aboutit à "secondariser" le père. Consensus, dont on se demande quelle relation il entretient encore avec la clinique, et de quels parents il est question.
En tout cas certainement pas des parents et des enfants tels qu’on les rencontre dans la réalité, puisqu'avec une théorie pareille, le père est identifié à un mécanisme et non pas à une personne ? Il devient sans âge et dans le fond sans sexe.
 
De plus, ces postures intellectuelles confèrent à la parole maternelle une toute puissance qu’elle n’a pas. En effet, l’enfant apprend à identifier son père sur la base de multiples déterminants dont la parole maternelle n’est qu’une composante parmi d’autres.
 
La parole du père lui-même est aussi déterminante que celle de la mère. Les interactions précoce père enfant jouent un rôle tout aussi important que le contenu de la parole maternelle. C'est la présence réelle effective du père auprès de l'enfant qui le fait exister, pas la parole maternelle. Les exemples cliniques pour démontrer ce que j'affirme là sont innombrables. Mais tout un chacun peut faire ce simple constat que la parole maternelle est tout à fait impuissante à déterminer positivement le père quand celui-ci ne se reconnaît pas comme tel, et s'exclut de la vie de l'enfant.
Qu'à contrario la parole maternelle puisse destituer le père de sa place est tout aussi impossible, dès lors que le père et l'enfant se seraient mutuellement reconnus et apprécié. 
Conférer aujourd'hui encore à la parole maternelle un pouvoir de légitimation quant à la personne du père est une aberration qui n'est possible que parce que la législation française interdit l'usage des tests de paternité, mais pas du tout en raison de la qualité ou de la fiabilité de la parole maternelle. Le lien mère enfant ne constitue en rien un socle de la vérité annoncé ou la matrice du langage à venir. Il suffit pour s'en convaincre de piocher dans le quotidien des faits divers qui interroge en permanence cette prétendue compétence maternelle initiale comme la base de la structuration de l'enfant. A suivre cette récente manie de mères qui poussée par le sacro saint instinct maternel mettent leur enfant au congélateur… !

Les sombres manèges de la mère infanticide

De notre envoyé spécial à Albertville R. T..Publié le 25 août 2007

Les corps des trois bébés de Virginie Labrosse, 36 ans, doivent être autopsiés aujourd'hui.

VIRGINIE LABROSSE, 36 ans, a été mise en examen, hier, pour « meurtre sur mineur de moins de 15 ans », puis incarcérée. La jeune femme a reconnu avoir laissé mourir les trois bébés dont elle avait accouché en 2001, 2003 et 2006. Son compagnon, Philippe, 40 ans, ainsi que son amant, Frédéric, 20 ans, ont en revanche été mis hors de cause.

 C'est à l'intérieur de sacs-poubelles déposés dans une malle et un carton, entreposés dans un vide sanitaire de la maison d'Albertville (Savoie), que Virginie Labrosse avait dissimulé les trois nouveau-nés. Alors qu'il préparait les affaires de sa compagne, dont il se séparait, le quadragénaire a fait la macabre découverte. « Virginie Labrosse a passé des aveux complets, explique Henri-Michel Perret, procureur de la République d'Albertville. Elle a expliqué avoir mené ses trois grossesses à l'insu de son concubin. Elle a accouché à son domicile une première fois dans les toilettes, les deux fois suivantes dans la salle de bains. Elle a placé les nouveau-nés avec leur placenta dans des sacs plastique avant de les mettre dans le compartiment congélateur de son réfrigérateur. De 2001 à 2007, elle a dû gérer la congélation et la décongélation de ces trois corps car elle les sortait fréquemment pour éviter que son compagnon ne les découvre. Elle les dissimulait alors dans la maison, à l'intérieur de sacs isothermes. »

«Ils étaient en moi»Les proches de la jeune femme ont tous déclaré aux policiers qu'ils n'avaient jamais remarqué la moindre de ces grossesses. L'autopsie des corps des trois nouveau-nés aura lieu aujourd'hui à Paris. Après avoir d'abord affirmé qu'elle avait laissé mourir tous ses enfants, Virginie a reconnu devant les enquêteurs qu'elle avait peut-être serré le cou de son troisième nouveau-né. Des analyses ADN détermineront également si la jeune femme est bien la mère des trois enfants et qui en est le père. En effet, la justice n'écarte pas l'hypothèse selon laquelle le troisième enfant pourrait avoir été conçu lors d'une relation extraconjugale.

Virginie a expliqué aux policiers son souci de conserver les corps de ses bébés en dépit de grossesses non désirées : « Je ne voulais pas les abandonner, ils faisaient partie de moi. Ils étaient en moi. » Pour le procureur, « il y a là une dimension psychologique et psychiatrique évidente qui rappelle l'affaire Courjault. Dans ce dossier, les expertises psychologiques, psychiatriques, voire psychanalytiques seront de la plus grande importance », souligne le magistrat.

http://www.lefigaro.fr/france/20070825.FIG000000637_

 Actualité | France

Les confidences de Virginie à ses voisines : "C'est mieux, les enfants des autres. Moi, je n'en veux pas"

De notre envoyé spécial à Albertville RAPHAËL THOMAS.

 Publié le 25 août 2007

Née d'une mère alcoolique, séparée de son concubin, elle a dissimulé sans peine trois grossesses.

DANS L'ENTOURAGE de Virginie Labrosse, c'est l'incompréhension et la stupeur. Personne n'arrive à expliquer le comportement de cette jeune femme pourtant décrite comme gentille, joyeuse et souriante.

Depuis le 2 août, Amélie hébergeait chez elle sa meilleure amie Virginie et son jeune amant, Frédéric. « Jamais je n'aurais pu imaginer une telle chose. Elle disait qu'elle ne voulait pas d'enfants par rapport à sa propre enfance », explique-t-elle. Virginie a confié aux policiers avoir connu une enfance difficile avec une mère alcoolique qui la délaissait. Dans la cité HLM où la jeune femme a résidé plusieurs années, les anciens voisins de Virginie sont choqués. « Je voyais qu'elle n'avait pas d'enfants, alors je lui disais : « Il faut en faire un, c'est bien, tu verras. » Elle me répondait : « C'est mieux, les enfants des autres ; moi, je n'en veux pas », confie une de ses ex-voisines.

Il y a deux ans, Virginie est tombée amoureuse d'un étudiant, Frédéric. « Quand on les voyait ensemble, leur amour crevait les yeux », commente Amélie. Il faut dire que le couple de Virginie battait de l'aile depuis longtemps. En 2001, Philippe, son concubin, avait été condamné à sept mois de prison ferme pour agression sexuelle sur une jeune auto-stoppeuse. Lorsque Virginie accouche de son premier enfant, il est derrière les barreaux. « Cela a peut-être joué un rôle majeur dans sa détermination de ne pas garder l'enfant », analyse le procureur, Henri-Michel Perret.

Pourtant, en 2006, le couple fait construire une belle maison dans le quartier de Saint-Sigismond, à Albertville. Il y a quelques jours, Virginie confiait encore à Amélie : « Elle m'a dit : »Si tu savais ce que Philippe m'a fait, tu ne comprendrais pas comment je suis restée aussi longtemps avec lui.* ». Virginie et Philippe se sont connus il y a seize ans, dans la station des Saisies, alors qu'ils étaient tous les deux saisonniers. Depuis, Philippe était devenu plombier-chauffagiste et travaillait beaucoup. Virginie était femme de service par intérim dans un centre d'accueil communal. Leur relation était chaotique depuis des années, mais c'est récemment que Virginie avait choisi de rompre.

 «Pas d'émotion particulière» Quand on évoque la mort du troisième enfant de Virginie, Amélie s'écrie : « J'espère qu'il n'était pas de Frédéric ! » Récemment, Virginie avait confié à son amant qu'elle avait avorté il y a plusieurs années. « Puis elle s'est reprise et a dit que c'était une bêtise », raconte Amélie. Frédéric a affirmé devant les policiers qu'il n'était pas au courant de la troisième grossesse de Virginie. Celle-ci a expliqué durant sa garde à vue que toute grossesse provoquait chez elle un stress si important que cela la faisait maigrir. « Elle perdait jusqu'à dix ou quinze kilos à chaque fois. Son entourage ne s'apercevait de rien », explique le procureur.

Lors de la découverte des corps de ses trois enfants, Virginie Labrosse, pourtant arrivée sur place, est restée d'une grande froideur. « C'est à moi », a-t-elle dit aux policiers en désignant les bébés. En garde à vue, elle n'aurait « manifesté aucune émotion particulière, ce qui est caractéristique dans les cas d'infanticide », commente le procureur.

Son ex-concubin cherche lui aussi à comprendre son comportement. Mercredi, devant les policiers, il a lâché, très choqué : « Ce n'est pas possible, ces enfants ne sont pas ceux de ma femme. Ils doivent appartenir à quelqu'un d'autre. » Aujourd'hui, il doit se résoudre à admettre la triste réalité.


Ainsi, il est démontré que l'influence de la parole de la mère quant à l'organisation de la névrose de l'enfant est dépendante de la qualité de la relation que la mère entretient avec l'enfant et de la structuration psychique de la mère elle même, bien plus que d'un prétendu instinct maternel vital pour l'enfant.
 
Car aujourd'hui il s'avère qu'indépendamment de la mère, le père, s'il n'en est pas empêché peut entretenenir des relations avec le nouveau né bien avant l'acquisition du langage. Il entre en communication avec le bébé sans avoir nul besoin de l'autorisation maternelle.
 
Que la législation ou l'usage favorise la préemption de l'enfant par sa mère et fonde cette dernière à choisir le ou les pères qui vont intervenir dans son éducation, voilà sans doute le principal problème psychologique des enfants d'aujourd'hui.
 
Mais dans l'organisation moderne de la famille, hors situation de séparation parentale, bien avant l'âge de l'entrée de l'enfant dans le langage, qui est grosso modo de 2 ans, bien souvent la mère est retournée au travail,  et il n'est pas rare de constater que c'est le père qui s'occupe de l'enfant - alors même que suivant la théorie à laquelle fait référence la citation extraite ci-dessus, à cet âge, en toute logique, le père  ne serait même pas censé exister. Ceci indique un décalage iréductible entre cette théorie du père en tant que symbolique et les faits tirés de la réalité familiale moderne.
 
De plus, il est démontré tous les jours que se soit dans la névrose (ou la psychose), qu'il ne suffit pas de porter un enfant pour être sa mère comme vient de le rappeler cette actualité dramatique. Pas plus que le fait d’avoir été porté par sa mère ne garantira qu’un enfant reconnaîtra celle-ci par les sens, comme nous le disent la plupart des mères dont nous avons eu l'occasion d'entendre les confidences, et comme le confirment les recherches dans le domaine de la psychologie du développement. 
 
Au contraire, ma clinique m'a appris à reconnaître au fil des années que la relation mère enfant n’a rien d’automatique et ne revêt pas ce caractère de fusion idyllique présupposé. Les mères nous le précisent elles mêmes en contestant cette prétendue relation privilégiée et exclusive qu'on leur suppose entretenir avec l'enfant. En des termes du genre :
"Je vais vous dire j'ai été très surprise quand il est venu au monde je croyais que tout serait automatique, que tout passerait par moi, comme une lettre à la poste, l'allaitement etc...et bien ça n'est pas du tout comme ça que ça s'est passé quand il était petit. Déjà pour l'allaitement, il n'a pas trouvé le sein, tout seul et après, j'avais plus de lait. J'avais entendu tellement de choses, et ça collait pas avec ce que je ressentais. Je pensais même que j'étais une mauvaise mère. En plus, il a d'abord dit papa, il a d'abord sourit à son père. J'étais pas du tout bien je me posais des tas de questions." Etc etc...! 

Malheureusement, toutes les mères n'arrivent pas à prendre de la distance avec cette théorie qui leur demande d'être le socle de toute chose et ne fait qu'alimenter leur sentiment de culpabilité de ne pas être cette mère "suffisamment bonne" dont n'arrêtent pas de parler les psychanalystes. Ce sentiment de culpabilité est d'ailleurs particulièrement développé chez les mères qui entretiennent cette idée d'une prétendue continuité entre la vie in-utéro et la vie post natale. Sentiment de culpabilité renforcé voire créé de toute pièce par cette idée de "sensualité in utéro" qui permettrait de connaître sa mère au nom du fait qu'elle nous aurait porté.

Cet argument ici développé par Jean Pierre Winter part d'une conception du sujet humain très curieuse, puisqu'avant même d'exister légalement, avant même d'être achevé neurologiquement, l'embryon aurait quand même une existence en tant que sujet, et une capacité de discernement au moins sensuelle. Ceci me semble relever de la pure profession de foi et du seul domaine de la croyance.

Il s'agit d'un argument indémontrable cliniquement. Rien n'a jamais pu être établi de l'existence d'un appareil psychique in utéro, et personne n'a jamais associé librement chez son analyste sur ses perceptions anténatales sans passer pour psychotique. 

En outre, cette croyance est de nature à renforcer dans leurs convictions les opposants à l'avortement puisque le foetus y est  strictement identifié au sujet humain.

En réalité, toute mère et tout enfant ont au contraire, à faire l'expérience de la coupure radicale et du traumatisme de la naissance, et pas du tout l'expérience de cette fictive et indémontrable continuité dont l'hypothèse n'est pas plus sérieuse que celle d'un instinct maternel qui reposerait exclusivement sur des pulsions de vie.

Les nombreuses références religieuses auxquelles Jean-Pierre Winter et d'autres psychanalystes font référence me semblent indiquer que cette vision d'un père n'intervenant que par procuration de la divine mère n'est pas soutenue par la clinique et encore moins par la science, mais est plutôt le résultat de développements cultuels.
 
Au point que cette vision d'une relation mère enfant idéale, première, prétendument sensuelle, prise dans une fusion qui ne s'éteindrait jamais, entretient une confusion et se complet en une absence de discrimination entre le normal et le pathologique.
 
Or, le constat le plus évident montre que c’est justement quand rien ne vient remettre en cause la toute puissance de la parole maternelle que l’on retrouve les troubles les plus graves chez l’enfant. Cette univocité de la parole maternelle, n'est pas une donnée de la structure, mais un arrangement congruent des pathologies maternelles et paternelles, ou encore le résultat malheureux de la mise à distance du père réel.
 
L'indistinction fusionnelle mère enfant n'est nullement une étape nécessaire dans la construction du sujet humain, mais un grave avatar de la structuration, lié notamment à l'absence du père de la réalité de la vie du nouveau né.
 
Quand JP Winter soutient "quand une mère affirme  « cet homme n’est pas ton père », la science ne peut pas y changer grand-chose", il m'apparaît évident qu'il commet de surcroît une erreur quand au but de la science qui n'est pas d'entrer en concurrence avec le discours, (fut-il maternel), mais d'établir des faits irréfutables, normalement mis à la disposition de tous. 
 
Si cette affirmation du psychanalyste était fondée pourquoi ne pas donner droit à tous à la vérité biologique ?
Si le savoir scientifique avait si peu de poids face à la parole de la mère, pourquoi interdire le recours des enfants ou des pères aux tests de recherches de paternité ?
 
Au contraire, il est évident que la parole maternelle n'est plus (et n'a sans doute jamais été) le parangon de la fiabilité pour la détermination de la filiation paternelle, ni la seule organisatrice de la névrose.
Heureusement pour les mères !
 
De surcroît, on comprend mal le début de ce qui est avancé, attribuant au père le pouvoir d'introduire l'enfant au langage et à la loi, alors qu'en somme il ne serait selon cette même théorie qu’une place vide, seulement occupée dans un deuxième temps, au gré du désir de la mère et à la faveur de sa désignation.
Si c'était la mère qui désignait le père à l'enfant, et si c'était lui qui ensuite introduisait l'enfant à la loi, il ne le ferait donc que par procuration. Ca n’est pas du tout ce qui est attendu de lui, ni par la législation, ni par les enfants. Ca n'est heureusement pas non plus ce qui se passe dans la réalité. Ne serait-ce qu’à voir les bébés sourire aux jeux proposés par leur père.
 
Mais, c'est exactement avec cette conception du père, comme d'un être indéfini par la loi, et la biologie, entièrement soumis à la parole de la mère qu'il faut lire les problèmes sociaux actuels relatifs à l'absence d'autorité. Car cette définition est incompréhensible pour le commun des mortels, incohérente et inefficace pour comprendre les enjeux présent et à venir pour les pères et les enfants aux plans conceptuel et pratique.
 
Un enfant a bel et bien deux parents dès l'origine, à fortiori si l'on fait référence à la biologie, qui décrit une parité génétique absolue entre le père et la mère. Les lois de la génétique font d'ailleurs le pendant au principe légal essentiel de l'autorité parentale conjointe qui dans la hiérarchie des valeurs consacre la permanence du principe parental face à la fugacité du lien conjugal.
 
De plus, il existe encore, dans tous les pays du monde un droit à contestation de la paternité !
 
C’est donc la loi qui décide de la filiation, pas la parole maternelle !
 
D’ailleurs que signifie-t-il de dire à un enfant qu’envers et contre la biologie et le droit, sous prétexte d'organisation de sa névrose, c’est sa mère qui décide de qui est légitimement son père ?
 
C’est précisément cette attitude qui est productrice de pathologie. Il n’y a pas deux lois,celle des psy et celle des juristes.
 
Du reste, on ne voit pas à quelle loi (oedipienne ou non) pourrait se référer vis à vis de son enfant, un père qui ne serait lui même investi d’aucune légitimité ou prérogative sociale, s'il était simplement défini comme le père par l’effet d’une désignation subjective toujours possiblement tributaire des aveuglements affectifs, fussent ils ceux de la mère naturelle !
 
A l'évidence le père n'est plus celui que les noces désignent.
 
Alors évidemment, dans la logique, avec une théorie aussi erronée, d'un père seulement défini par l'accréditation que lui donnerait la mère, certains pensent que pour sortir de cette aporie il faudrait donner de nouveaux droits au compagnon de la mère. C'est-à-dire créer de nouvelles lois. Ce faux remède apparaît justement comme une tentative de régularisation par la loi d'une construction théorique en inadéquation avec les faits sur lesquels elle est censée prendre appui et en opposition avec la législation déjà existante dont je rappelle qu'elle prévoit précisément la coparentalité, la résidence alternée et la double domiciliation comme renforcement de la légitimité parentale. 
 
A vouloir donner automatiquement des droits parentaux au nouveau compagnon d'un parent séparé, il est certain qu'on verrait triompher cette théorie du père défini comme un vulgaire appendice maternel. Il est tout aussi certain que la confusion serait reine.
 
Et si en ce domaine certains psys ou beaux parents placés au plus haut niveau de l'état s'en trouveraient comme des poissons dans l’eau, il n'en serait pas de même des enfants et des parents que nous auront à écouter et à soigner qui risqueraient d'être évidemment toujours plus nombreux.
 
Pourtant, on devrait se réjouir des conséquences théoriques tout à fait intéressantes dans le champ psychologique qu’offre cette possibilité de déterminer qui est le père indépendamment de la parole de la mère, puisque du même coup la parole maternelle n’échappe plus à la loi, quelle que soit la manière dont on entende cette dernière, juridique ou symbolique.
 
Ainsi on peut dire que la parole féminine sort de la sacralité, de l’ineffable, et devient tout simplement humaine, puisqu’elle peut, ou mentir ou dire la vérité.
A qui cela servirait-il, à part aux vrais phallocrates, de continuer à penser les femmes et les mères comme exclusivement situées du côté de la magie, de l’ineffable, de l’intuitif, de l’irrationnel, du surnaturel, en somme au dessus des lois. Ces erreurs ou préjugés rendent même impossible tout progrès dans la compréhension de ce qui se joue dans les liens que tisse l’enfant dès l’origine dans sa relation à tous les autres, (au pluriel). Or, au jour d’aujourd’hui cet aspect de la pluralité initiale du lien humain n’a quasiment jamais été étudiée, et pourtant le nouveau né a des interactions langagières incontestables avec son père et avec d’autres humains que sa mère.
 
On a, hélas, quasiment toujours centré les études et les observations du nouveau né sur la relation de l’enfant à sa mère, alors forcément on s’interdit toute intelligence des liens précoces tels qu’ils existent dans la réalité. Le père est cantonné dans toutes ces études à une existence protocolisée, prévue par avance, sans aucune surprise possible. Il n’est vu que dans l’ombre de la mère, considéré comme n’ayant à intervenir que dans un deuxième temps de la vie de l’enfant, bien après la naissance de celui-ci. Or, ça n’est pas du tout ce qui se passe : quand il est là le père intervient quasiment toujours déjà dans la vie précoce de son fils ou de sa fille. Ceci est avant tout démontré par les observations de la vie courante, que chacun peut faire.
 
Les grands chantiers ouverts par Lacan ne peuvent et ne doivent être pris pour des constructions achevées, puisque les fondations elles mêmes ne sont pas terminées. Aussi quand il soutenait que les femmes et leur parole, ne sont pas toutes soumises à la loi (de la castration), ou que LA femme n'existe pas, il n’affirmait pas un désir, mais essayait de jeter les bases d’une formulation de la différence des sexes. Un commencement pas une fin ! 
Lacan avait pourtant prévenu que les schémas qu’il exposait n’étaient qu’une tentative de marquer la différence sur le plan psychique entre homme et femme, précisant qu’après tout une femme pouvait tout aussi bien se ranger du côté des hommes et vice versa.
Sans trop entrer dans les détails ici, je crois qu’on peut dire que s’il y a des fonctionnements qui peuvent être différents de la norme en terme de genre sexuel pour l’un ou l’autre sexe, on n’a pas pour autant du même coup défini cette norme sur le plan structural.
 
En fait, la différence des sexes tient à la relation entre un marquage légal et la biologie, qui le soutend. Il resterait à la psychologie et à la psychanalyse la tâche ardue qui consisterait à définir pourquoi un sujet se range de tel ou tel côté sexuel plutôt que de définir des normes d’existence en terme de contenu pour l’homme, la femme, le père, la mère. Il me semble que justement ce que le travail de Lacan aura démontré est que tout ça n’est pas une affaire de contenu, mais de différence entre deux côtés, d'articulation entre différents registres qui se constituent chacun de l'existence des autres. Si la question demeure de savoir comment ces côtés s’articulent entre eux, il n’en reste pas moins que ceux-ci peuvent être définis indépendamment de considérations post lacaniennes pseudos structurales qui finalement ne sont que purement phallo centristes au sens même que pourrait donner le féminisme à ce terme.
 
Considérer théoriquement le phallus comme l’objet du désir de la mère comme tout bon lacanien se doit de le faire est une chose, mais considérer qu’il n’est que ça est une dérive. Dérive qui aboutit une fois encore à la négation du corps, de la biologie et de l’inscription légale. Négation de l’organe sexuel masculin tout comme l’organe sexuel féminin avait préalablement été ignoré par Freud.
 
Sans doute était il nécessaire de redéfinir les choses après Freud, peut-être trop accroché à la définition biologique du phallus en tant qu’organe, au point de définir la différence des sexes exclusivement par rapport à la question d’avoir ou pas l’organe masculin, et en ignorant l’organicité féminine propre, mais tomber dans l’extrême inverse en rompant totalement avec la biologie et en promouvant un terrorisme du symbolique revient à passer de charybde en scylla.
 
Il est temps de se dire que les choses humaines ne sont pas purement symboliques ou purement biologiques, ou encore purement juridiques ou affectives.
Les «paternités blanches» démontrent l’absence de fiabilité de la parole maternelle et imposent la reconsidération du registre biologique de la filiation dans son intrication avec les registres affectifs et légaux

L’exemple dramatique des paternités dites blanches ou de papier démontre à quel point la parole maternelle peut-être mensongère et vénale dans certaines cas.

Par conséquent, concéder théoriquement tout pouvoir à la parole maternelle pour déterminer qui est le père d’un enfant revient en principe à rendre possible tous les abus relativement au lien père enfant, et à la réalité généalogique.
Dans un  article  publié en ligne le 18 novembre 2006 intitulé :
Clandestins : la nouvelle filière des fausses paternités
Anne-Charlotte De LANGHE et Cécilia GABIZON précisent :
« Moyennant finance, des femmes sont prêtes à déclarer qu'un étranger en situation irrégulière est le père de leur enfant pour lui permettre de se procurer des papiers. Un trafic en plein essor. »
« On les appelle les paternités « blanches » ou « de papiers ». Fictives, celles-ci se multiplient, permettant à certains ressortissants étrangers d'obtenir frauduleusement un titre de séjour. « Tout le monde peut reconnaître un enfant qui n'est pas le sien », souligne ainsi François-Noël Buffet, sénateur (UMP) du Rhône et auteur d'un rapport sur l'immigration. Il suffit de se rendre à l'état civil dans la ville où l'on réside, et de se déclarer père, quel que soit l'âge de l'enfant. Aucune preuve n'est réclamée à ce stade. » 
« Mais, reprend le ­sénateur, les surprises commencent dès que l'on creuse un minimum. » 
« Moyen efficace d'obtenir une carte de séjour de dix ans dans une préfecture, les paternités ''blanches'' se négocient entre 2 000 et 5 000 euros. »
« Concrètement, cet abus de droit se décline sous plusieurs formes. L'une d'elles concerne des femmes en situation régulière et mères d'un enfant né en France, qui proposent à des sans-papiers d'acheter la paternité de leur progéniture. Souvent fortuits au départ, ces petits arrangements se transforment peu à peu en filière. Le forfait se négocie entre 2 000 et 5 000 euros, selon l'âge du bébé. Le bouche à oreille chez les sans-papiers en fait désormais le moyen le plus sûr d'obtenir directement une carte de séjour de dix ans. À condition de subvenir aux besoins éducatifs, matériels et affectifs de l'enfant, la carte est obtenue au bout de deux ans, contre cinq ans de délai pour un mariage. »
« En Ile-de-France et dans le Sud-Est, le phénomène s'apparente à un véritable business.»
Dans son dernier rapport d'activité, le médiateur de la République avait tiré la sonnette d'alarme, ­notamment après avoir reçu la lettre d'une grand-mère inquiète pour son petit-fils. « Sa fille avait vendu la paternité de l'enfant à un homme qui habitait le même quartier que le père naturel, confie Jean-Paul Delevoye. De plus en plus, l'enfant fait l'objet d'un marchandage. » Sans pouvoir chiffrer la fraude, les autorités remarquent donc une explosion des régularisations de « parents d'enfant français ». En 2000, quelque 4 445 cartes de séjour avaient été délivrées à ce titre, contre 10 358 en 2004. Tout ne relève pas entièrement de la fraude, mais démontre qu'une nouvelle porte d'entrée clandestine en France a été identifiée.
À Mayotte, la situation est inverse : des femmes étrangères viennent y accoucher, espérant ainsi obtenir des papiers. Le nombre de titres de séjour accordés sur la filiation a bondi de 882 en 2001 à 4 146 en 2004... Censée freiner le trafic, une loi spécifique à l'île et votée en juillet 2006 impose au conjoint d'une clandestine de prendre à sa charge les frais de maternité. Valable pour toute la France, un amendement est, quant à lui, venu sanctionner les paternités blanches comme les mariages de complaisance : cinq ans de prison et 15 000 euros d'amende...»

Par conséquent, continuer à penser la parole maternelle comme l’origine de toute chose, en rangeant la science au titre des épiphénomènes rassemble tous les ingrédients d'une imposture radicale.

En considérant ces paternités blanches on comprend mieux l’idée actuelle d’un recours aux tests ADN pour justifier la filiation, beaucoup moins, au fond, le tollé provoqué par cette idée.

Sauf à considérer que ce qui est admis pour les étrangers devrait l’être de manière beaucoup plus habituelle et moins procédurale pour les pères français eux-mêmes, ce qui semble poser un problème juridique dans un cas et pas dans l’autre?!

Mais il y a aussi dans le désir de faire de la parole de la mère, le point de départ de toutes choses en ce qui concerne le psychisme humain, une impasse théorique majeure et un double déni, non seulement de la science et des tests de paternité, mais aussi de la clinique.

Car, pour peu qu’on accepte d’écouter les pères, la clinique démontre de manière indiscutable que le père se constitue bien plutôt par la manière dont il va mettre en adéquation ses sentiments, ses actes et son dire pour se faire reconnaître comme père vis-à-vis de la société et interlocuteur de son nouveau-né, que par le statut que la parole de la mère lui confèrerait.

Se faire reconnaître comme père par la société en reconnaissant son enfant ne signifie nullement « s’instituer père » de soi même, dans une sorte d’auto proclamation, mais revient pour les hommes à poser l’acte inaugural qui leur permet de prendre date dans la parentalité. Car les démarches attendues du père sur le plan de l’éducation de l’enfant sont toujours plus nombreuses et imposent toujours plus de considération quant à la légitimité paternelle.

Ainsi, il n’y a nullement à s’inquiéter des nombreux tests en recherche de paternité effectués actuellement par les pères français à l’étranger via Internet, mais au contraire à les reconnaître comme des actes inauguraux fondant les comportements parentaux à venir au regard des nouvelles responsabilités et des nouveaux rôles qu'on voit les pères d'aujourd'hui tenir auprès de leur enfant.

Aussi, on ne saisit pas, dès lors que la responsabilité du père est reconnue et attendue, au moins jusqu’à la majorité de l’enfant, l'impossibilité juridique dans laquelle il est maintenu de s’assurer de la réalité biologique qui sous tend ses obligations.

Dès lors qu'un homme ne considère pas son rôle comme anecdotique ou symbolique dans l’éducation de l’enfant, on comprend même assez bien qu’il ait envie de vérifier le bien fondé du lien génétique qui sous tend sa filiation avec son enfant. Car, ça n’est pas d’aujourd’hui que le doute est permis quant à la parole humaine quand bien même s’agirait-il d’une parole féminine. Dans le même temps, l'intégralité des fictions télévisées qu'elles soient américaines ou européennes diffusées actuellement vante les mérites de l'expertise et de l'investigation biologique en toutes circonstances, et notamment en terme d'identification des personnes. Il y a donc un décalage total entre les usages modernes des tests ADN et le droit des pères et des enfants.

Aux dernières réactions de certains parlementaires on aurait même l'impression qu'il faudrait justifier et camoufler à tout prix les adultères maternels. Or, l'adultère est encore reconnu par certaines cours comme un motif légal de divorce. Ce qui veut dire qu'à la limite, cette attitude parlementaire revient à une demande de légalisation de la dissimulation de preuve!

Il est aujourd’hui possible d’établir la filiation indépendamment de la toute puissance supposée à la parole, il n’y a aucune raison de considérer cette possibilité comme négative ou dangereuse, pour l'ordre social ou moral.

Au contraire, l’enjeu en vaut la chandelle pour l’avenir de l’enfant dans sa relation à son père, en terme de parentalité paternelle. Mieux vaut un père vérificateur qui se donne les moyens d’annuler ses doutes, qu’un père qui les refoule pour se soumettre toute sa vie à la parole de sa femme sans pour autant jamais réellement la croire, n’y tenir la moindre place pour l’enfant, ne pouvant se reconnaitre réellement comme père et pleinement jouer son rôle.

Cette reconnaissance de l’enfant par ses parents est donc toute aussi importante du côté du père que du côté de la mère, car le constat clinique le plus élémentaire démontre que le lien parent enfant a à se créer aussi bien pour le père que pour la mère. Le lien mère enfant n’est pas plus présent, par avance, déjà constitué, que le lien père enfant, et il n’est pas moins dépendant de l’acceptation par la mère du rôle qu’elle aura à jouer en tant que parent que le lien père enfant.

Ce que la clinique démontre sans la moindre ambiguïté est que pour les deux parents la composante biologique intervient toujours dans le discours à un moment ou à un autre, même si elle ne suffit pas à définir la parentalité, puisqu’elle n’offre aucune garantie quant au fait que l’enfant sera véritablement reconnu, accepté et désiré par ses deux parents.

Encore faut-il que cette reconnaissance de l’enfant puisse se faire par l’identification claire des protagonistes parentaux, sans aucune spoliation, imposture, non-dits ou contre vérités.


La mère plus incertaine que le père ?


Cette interrogation affirmative ne doit nullement être prise pour une boutade ou une provocation, mais comme une question logique rendue nécéssaire par les nouveaux comportements humains, et possible en raison des évolutions technologiques et scientifiques dans le domaine de la biologie.

On pourrait même dire qu'elle s'impose d'autant plus qu'on observe une sacralisation toujours grandissante du féminin par les psychanalystes, et une présentation toujours éronée du maternel comme un socle indiscutable en raison d'une prétendue continuité de nature entre la gestation et la prise en charge périnatale ptrétenduement fusionnelle avec la mère.

L'accouchement sous X et l'adoption suffisaient déjà à nous montrer la nécessaire disjonction entre la gestation et l'exercice affectif effectif de la fonction maternelle, le don d'ovocytes et la gestation pour autrui viennent de surcroît interroger la réalité maternelle biologique.

En effet, si le père biologique se réduit au spermatozoïde fécondant, à l'inverse la mère biologique ne peut se résumer à une correspondance aussi univoque. En effet, la mère doit elle être repérée dans l'utérus qui accueille l'ovocyte, ou l'ovule qui donnera lieu à la fécondation?

Autrement dit la mère biologique doit-elle être repérée dans la cellule qui porte le patrimoine génétique ou la femme qui porte le foetus?

Question qui ne se pose pas du côté du père biologique.

Paradoxalement, c'est justement parce que le père n'est pas "gestant" qu'aucune question ne se pose quant à son identité biologique.

Et il ne sert à rien d'interdire la gestation pour autrui comme c'est le cas en France, la question de l'identité maternelle continue de se poser (puisqu'elle est structurale et structurelle).

Il n'y a donc pas à s'étonner que des parents toujours plus nombreux se tournent vers l'étranger pour accéder à la parentalité.

Le triste triple exemple des enfants congelés par leurs mères biologiques, nous avait déjà indiqué qu'il ne suffit pas à une femme de porter un enfant pour exister concrètement en tant que mère pour le nourrisson.

Le phénomène de la gestation pour autrui le confirme, puisque des femmes acceptent de porter l'ovocyte produit de la fécondation de l'ovule d'une autre femme avec le père biologique, afin de donner naissance à un enfant que par principe elle ne souhaitent pas élever.

Qui sera la mère dans ce cas?

Il n'y a très clairement aucune réponse admissible à cette question au titre d'un prétendu universel humain structural préexistant et a-temporel. La meilleure preuve en est que les législations de pays européens voisins sont, non seulement différentes, mais incompatibles entre elles pour aborder cette question.

Mais la question divise également la communauté psychanalytique française, affirmation qu'il devient possible de soutenir depuis la récente et intéressante prise de position publique dans le journal le monde par la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval.

Voir l'article intégral relatant l'interview de la psychanalyste tel qu'il est paru en ligne le 10/02/08. 

Georges BLOND.


Le temps des "mères porteuses"

LE MONDE | 09.02.08 | 14h14  •  Mis à jour le 10.02.08 | 18h05

La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, spécialiste de l'assistance médicale à la procréation, estime indispensable d'autoriser la pratique de la gestation pour autrui (GPA) en France.

La gestation pour autrui (GPA), qui s'adresse en premier lieu aux femmes présentant une pathologie utérine, va-t-elle entrer dans l'arsenal courant de la lutte contre la stérilité ?

LOIS DE BIOÉTHIQUE

En France, la loi du 29 juillet 1994 relative au respect du corps humain interdit la gestation pour autrui (GPA). Pour contourner cette interdiction, les couples se rendent dans un pays étranger où cette technique médicale est autorisée. Mais, à leur retour, ils ont des difficultés à faire enregistrer par l'Etat français la filiation de leurs enfants. Une affaire récente, qui concerne la situation juridique de jumelles nées d'une GPA en 2000, offre une ébauche de solution : le 25 octobre 2007, la cour d'appel de Paris a confirmé la transcription à l'Etat civil français des actes de naissance de ces deux enfants. La révision des lois de bioéthique est prévue pour 2009.

À LIRE

Famille à tout prix de Geneviève Delaisi de Parseval. Ed. du Seuil, 400 p., 22 euros.

Très probablement. Environ 10 000 bébés conçus dans le cadre d'une GPA sont nés aux Etats-Unis depuis une vingtaine d'années, et cette pratique est désormais autorisée dans de nombreux pays. Depuis la première fécondation in vitro (FIV, 1984) et le premier don d'ovocyte (1988), la fonction maternelle, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, peut ainsi se répartir entre trois femmes distinctes : la mère "d'intention" (qui élèvera l'enfant), la mère "génétique" (qui donnera l'ovocyte si besoin est) et la mère "gestatrice", terme aujourd'hui préféré à celui de "mère porteuse". Ces nouvelles façons de faire des bébés vont d'autant plus se développer que personne, aujourd'hui, ne supporte l'infertilité. Pas plus les médecins "fivistes" que les couples parentaux.

La France, où la pratique des "mères porteuses" est interdite par la loi bioéthique de 1994, est-elle en retard ?

Dans ce domaine, oui. La pratique de la GPA est aujourd'hui légale - ou du moins régulée par la déontologie médicale - dans de nombreux pays. En Europe, plusieurs d'entre eux ont déjà légiféré : la Grande-Bretagne en 1998, la Grèce en 2000, la Finlande et la Belgique en 2007. Tous l'ont fait dans des conditions rigoureuses, certaines lois prévoyant pour la gestatrice le remboursement par l'Etat des dépenses médicales. Voire, comme en Grèce, un dédommagement financier.

Vous figurez parmi les rares psychanalystes à vous prononcer pour la GPA. Pourquoi estimez-vous urgent, en France, de légiférer à nouveau sur ce point ?

Pour deux raisons majeures. La première, c'est que cet interdit représente une grave injustice vis-à-vis des femmes dont la stérilité est d'origine utérine, alors qu'on déploie par ailleurs une panoplie fabuleuse de traitements pour toutes les autres formes d'infertilité. La seconde, c'est que si on ne légifère pas, de plus en plus de couples se lancent dans des parcours hasardeux de "tourisme procréatif" pour trouver une femme susceptible de porter leur bébé. On estime qu'ils sont actuellement 300 à 400, chaque année, à faire ainsi appel à une aide étrangère. Or cette pratique, si elle n'est pas encadrée, présente des risques de dérives. Dans une GPA bien accompagnée, ce risque disparaît. C'est une histoire qui se déroule entre deux femmes, qui se connaissent tout naturellement. Certains protocoles prévoient même qu'elles se rencontrent plusieurs fois durant la grossesse.

Pour les femmes ayant une pathologie utérine, peut-on imaginer une autre perspective que la GPA dans un avenir proche ?

Non. La gestation intégrale en dehors du corps de la femme pose encore des problèmes techniques insurmontables, notamment pour suppléer l'ensemble des fonctions physiologiques assurées par le placenta et l'utérus. De même pour la greffe d'utérus, à laquelle personne ne croit vraiment. Et même si ces perspectives devenaient techniquement possibles, elles me semblent au plan psychologique infiniment plus lourdes que la GPA.

Cette gestation "par autrui" ne risque-t-elle pas de compliquer les relations entre l'enfant ainsi conçu et sa mère légale, celle qui l'élèvera ?

En anglais, il y a deux termes pour désigner la maternité : maternity et motherhood. Le premier désigne la mère proprement dite, et le second le "devenir mère". Ce que la psychanalyse a montré, c'est que ce "devenir mère" ne coïncide pas forcément avec la seule grossesse. Celle-ci, bien sûr, représente un temps privilégié d'élaboration du processus psychique mis en oeuvre. Mais l'adoption montre bien que la grossesse n'est pas l'alpha et l'oméga de la maternité. Une mère d'intention peut sans difficulté devenir une excellente mère sans jamais avoir porté son bébé. Quant au vécu de l'enfant ainsi conçu, il est encore trop tôt pour le connaître. Mais les risques psychiques d'une telle situation ne sont pas, dans mon expérience clinique, plus grands pour l'enfant que dans d'autres formes modernes de procréation, tels le don d'ovocyte ou "l'accueil d'embryon".

Quelle place la mère gestatrice prendra-t-elle dans la vie de l'enfant, si cette situation, comme la FIV aujourd'hui, devient relativement banale ?

En général, la gestatrice ne cherche pas à maintenir un lien étroit avec les parents d'accueil. Sa présence se limite souvent à une carte de voeux annuelle. Mais cela suffit à maintenir une sorte d'engagement moral, qui permettra, lorsque l'enfant sera plus grand, de lui parler de cette femme qui l'a mis au monde. A cet égard, les choses se passent de façon beaucoup plus simple dans les familles qui ont eu recours à une simple GPA que dans celles qui ont eu recours, de surcroît, à un don d'ovocyte. Car une grossesse ne dure que neuf mois, alors que les conséquences d'un don de gamètes se jouent sur plusieurs générations.

Si le recours à la GPA augmente trouvera-t-on suffisamment de femmes volontaires pour accepter cette mission ?

Lorsqu'on les interroge sur leurs motivations, on s'aperçoit que ces "mères porteuses" ont presque toujours connu une histoire de filiation un peu atypique : ce sont souvent des femmes généreuses qui mettent en oeuvre, à travers ces gestations, un processus de réparation. De plus, la plupart d'entre elles adorent être enceintes. Il est donc probable que certaines femmes, si on leur en donne la possibilité, s'accompliront dans une GPA.

Pour les couples gays désireux d'avoir des enfants, la GPA représentera-t-elle une voie privilégiée ?

Si les lois l'autorisent un jour, elle pourrait en effet constituer un palliatif à cette forme "sociologique" de stérilité masculine des couples homosexuels. De nombreux couples gays préféreront cette solution à l'adoption, car elle leur garantit que l'enfant à naître sera génétiquement lié à l'un des deux parents.

GPA, don d'embryons, homoparentalité... dans dix ou vingt ans, comment imaginez-vous les fêtes de famille ?

Tous ces bouleversements font que la famille coïncide de moins en moins avec le couple procréateur. Une nouvelle forme de parenté est en train de se construire sous nos yeux : une famille non plus seulement de sang ni même d'héritage. Comme la procréation sera de plus en plus médicalisée - surtout si l'on continue à retarder l'âge du premier accouchement -, ces cas de figure ne feront que croître. Les réunions de famille deviendront donc de plus en plus "multicomposées", de plus en plus sociales. Le tout, il faut l'espérer, dans la plus grande transparence.

Propos recueillis par Catherine Vincent

Article paru dans l'édition du 10.02.08.

Gamma

Fécondation in vitro par injection de l'ADN d'un spermatozoïde dans un ovocyte.


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