"Pater non semper incertus, mater non semper certa" - 2° La fin de la nécessité de sacralisation de la parole de la mère 

La fin de la nécessité de sacralisation de la parole de la mère                                            
 
 
La sacralisation et la toute puissance que certains psychanalystes s'obstinent encore à conférer à la parole de la mère en continuant de présenter celle-ci comme source inépuisable et inextinguible, seule habilitée à définir qui est le père, n’a plus de raison d’être, et ne fait qu'alimenter une incohérence sociale.
 
Les exemples de cette attitude curieuse de sacralisation de la parole maternelle par les psychanalystes sont si nombreux qu’on pourrait se demander si certaines pratiques psychanalytiques ne s’instituent pas suivant un système de pensée purement et exclusivement idéologique, sans plus aucun rapport pertinent avec les faits psychiques, tels qu’ils sont rapportés par les humains eux-mêmes, en entretien psychologique, ou tout simplement tels qu'ils sont observables dans la réalité de tous les jours.
Si bien que pour de nombreux psychanalystes: le père n’a rien à faire ni avec la loi, ni avec la biologie, (les deux étant d’ailleurs souvent confondus à tort). 
 
Ainsi, Jean-Pierre Winter, psychanalyste de l’école du coût freudien, croit bon d’écrire dans son article intitulé « des liens innommables »paru en 1995 dans l’ouvrage collectif sous la direction de Théry I.  : « Recomposer une famille, des rôles et des sentiments », je cite :
 
" Le père est avant tout symbolique. C’est celui qui nous introduit à la fois au langage et à la Loi. Finalement, si nous connaissons notre mère par les sens (ne serait-ce que parce qu’elle nous a porté), le père est, lui, le résultat d’une élaboration intellectuelle : on se construit un père. Pour ce faire, on peut se servir du père réel rencontré par hasard auprès de la mère. Mais ce n’est pas nécessaire. Pour construire le père, on s’appuie sur ce que dit la mère : « cet homme est ton père ». Au-delà des techniques qui se targuent de prouver la paternité biologique, l’existence du père tient donc à la parole. Et que vaudra jamais un examen biologique face à la parole de la mère ? Au point de vue de l’organisation de la névrose quand une mère affirme  « cet homme n’est pas ton père », la science ne peut pas y changer grand-chose."
 
Un consensus plus ou moins explicite s’établit dans la communauté psychanalytique autour de cette question de la définition paternelle qui aboutit à "secondariser" le père. Consensus, dont on se demande quelle relation il entretient encore avec la clinique, et de quels parents il est question.
En tout cas certainement pas des parents et des enfants tels qu’on les rencontre dans la réalité, puisqu'avec une théorie pareille, le père est identifié à un mécanisme et non pas à une personne ? Il devient sans âge et dans le fond sans sexe.
 
De plus, ces postures intellectuelles confèrent à la parole maternelle une toute puissance qu’elle n’a pas. En effet, l’enfant apprend à identifier son père sur la base de multiples déterminants dont la parole maternelle n’est qu’une composante parmi d’autres.
 
La parole du père lui-même est aussi déterminante que celle de la mère. Les interactions précoce père enfant jouent un rôle tout aussi important que le contenu de la parole maternelle. C'est la présence réelle effective du père auprès de l'enfant qui le fait exister, pas la parole maternelle. Les exemples cliniques pour démontrer ce que j'affirme là sont innombrables. Mais tout un chacun peut faire ce simple constat que la parole maternelle est tout à fait impuissante à déterminer positivement le père quand celui-ci ne se reconnaît pas comme tel, et s'exclut de la vie de l'enfant.
Qu'à contrario la parole maternelle puisse destituer le père de sa place est tout aussi impossible, dès lors que le père et l'enfant se seraient mutuellement reconnus et apprécié. 
Conférer aujourd'hui encore à la parole maternelle un pouvoir de légitimation quant à la personne du père est une aberration qui n'est possible que parce que la législation française interdit l'usage des tests de paternité, mais pas du tout en raison de la qualité ou de la fiabilité de la parole maternelle. Le lien mère enfant ne constitue en rien un socle de la vérité annoncé ou la matrice du langage à venir. Il suffit pour s'en convaincre de piocher dans le quotidien des faits divers qui interroge en permanence cette prétendue compétence maternelle initiale comme la base de la structuration de l'enfant. A suivre cette récente manie de mères qui poussée par le sacro saint instinct maternel mettent leur enfant au congélateur… !

Les sombres manèges de la mère infanticide

De notre envoyé spécial à Albertville R. T..Publié le 25 août 2007

Les corps des trois bébés de Virginie Labrosse, 36 ans, doivent être autopsiés aujourd'hui.

VIRGINIE LABROSSE, 36 ans, a été mise en examen, hier, pour « meurtre sur mineur de moins de 15 ans », puis incarcérée. La jeune femme a reconnu avoir laissé mourir les trois bébés dont elle avait accouché en 2001, 2003 et 2006. Son compagnon, Philippe, 40 ans, ainsi que son amant, Frédéric, 20 ans, ont en revanche été mis hors de cause.

 C'est à l'intérieur de sacs-poubelles déposés dans une malle et un carton, entreposés dans un vide sanitaire de la maison d'Albertville (Savoie), que Virginie Labrosse avait dissimulé les trois nouveau-nés. Alors qu'il préparait les affaires de sa compagne, dont il se séparait, le quadragénaire a fait la macabre découverte. « Virginie Labrosse a passé des aveux complets, explique Henri-Michel Perret, procureur de la République d'Albertville. Elle a expliqué avoir mené ses trois grossesses à l'insu de son concubin. Elle a accouché à son domicile une première fois dans les toilettes, les deux fois suivantes dans la salle de bains. Elle a placé les nouveau-nés avec leur placenta dans des sacs plastique avant de les mettre dans le compartiment congélateur de son réfrigérateur. De 2001 à 2007, elle a dû gérer la congélation et la décongélation de ces trois corps car elle les sortait fréquemment pour éviter que son compagnon ne les découvre. Elle les dissimulait alors dans la maison, à l'intérieur de sacs isothermes. »

«Ils étaient en moi»Les proches de la jeune femme ont tous déclaré aux policiers qu'ils n'avaient jamais remarqué la moindre de ces grossesses. L'autopsie des corps des trois nouveau-nés aura lieu aujourd'hui à Paris. Après avoir d'abord affirmé qu'elle avait laissé mourir tous ses enfants, Virginie a reconnu devant les enquêteurs qu'elle avait peut-être serré le cou de son troisième nouveau-né. Des analyses ADN détermineront également si la jeune femme est bien la mère des trois enfants et qui en est le père. En effet, la justice n'écarte pas l'hypothèse selon laquelle le troisième enfant pourrait avoir été conçu lors d'une relation extraconjugale.

Virginie a expliqué aux policiers son souci de conserver les corps de ses bébés en dépit de grossesses non désirées : « Je ne voulais pas les abandonner, ils faisaient partie de moi. Ils étaient en moi. » Pour le procureur, « il y a là une dimension psychologique et psychiatrique évidente qui rappelle l'affaire Courjault. Dans ce dossier, les expertises psychologiques, psychiatriques, voire psychanalytiques seront de la plus grande importance », souligne le magistrat.

http://www.lefigaro.fr/france/20070825.FIG000000637_

 Actualité | France

Les confidences de Virginie à ses voisines : "C'est mieux, les enfants des autres. Moi, je n'en veux pas"

De notre envoyé spécial à Albertville RAPHAËL THOMAS.

 Publié le 25 août 2007

Née d'une mère alcoolique, séparée de son concubin, elle a dissimulé sans peine trois grossesses.

DANS L'ENTOURAGE de Virginie Labrosse, c'est l'incompréhension et la stupeur. Personne n'arrive à expliquer le comportement de cette jeune femme pourtant décrite comme gentille, joyeuse et souriante.

Depuis le 2 août, Amélie hébergeait chez elle sa meilleure amie Virginie et son jeune amant, Frédéric. « Jamais je n'aurais pu imaginer une telle chose. Elle disait qu'elle ne voulait pas d'enfants par rapport à sa propre enfance », explique-t-elle. Virginie a confié aux policiers avoir connu une enfance difficile avec une mère alcoolique qui la délaissait. Dans la cité HLM où la jeune femme a résidé plusieurs années, les anciens voisins de Virginie sont choqués. « Je voyais qu'elle n'avait pas d'enfants, alors je lui disais : « Il faut en faire un, c'est bien, tu verras. » Elle me répondait : « C'est mieux, les enfants des autres ; moi, je n'en veux pas », confie une de ses ex-voisines.

Il y a deux ans, Virginie est tombée amoureuse d'un étudiant, Frédéric. « Quand on les voyait ensemble, leur amour crevait les yeux », commente Amélie. Il faut dire que le couple de Virginie battait de l'aile depuis longtemps. En 2001, Philippe, son concubin, avait été condamné à sept mois de prison ferme pour agression sexuelle sur une jeune auto-stoppeuse. Lorsque Virginie accouche de son premier enfant, il est derrière les barreaux. « Cela a peut-être joué un rôle majeur dans sa détermination de ne pas garder l'enfant », analyse le procureur, Henri-Michel Perret.

Pourtant, en 2006, le couple fait construire une belle maison dans le quartier de Saint-Sigismond, à Albertville. Il y a quelques jours, Virginie confiait encore à Amélie : « Elle m'a dit : »Si tu savais ce que Philippe m'a fait, tu ne comprendrais pas comment je suis restée aussi longtemps avec lui.* ». Virginie et Philippe se sont connus il y a seize ans, dans la station des Saisies, alors qu'ils étaient tous les deux saisonniers. Depuis, Philippe était devenu plombier-chauffagiste et travaillait beaucoup. Virginie était femme de service par intérim dans un centre d'accueil communal. Leur relation était chaotique depuis des années, mais c'est récemment que Virginie avait choisi de rompre.

 «Pas d'émotion particulière» Quand on évoque la mort du troisième enfant de Virginie, Amélie s'écrie : « J'espère qu'il n'était pas de Frédéric ! » Récemment, Virginie avait confié à son amant qu'elle avait avorté il y a plusieurs années. « Puis elle s'est reprise et a dit que c'était une bêtise », raconte Amélie. Frédéric a affirmé devant les policiers qu'il n'était pas au courant de la troisième grossesse de Virginie. Celle-ci a expliqué durant sa garde à vue que toute grossesse provoquait chez elle un stress si important que cela la faisait maigrir. « Elle perdait jusqu'à dix ou quinze kilos à chaque fois. Son entourage ne s'apercevait de rien », explique le procureur.

Lors de la découverte des corps de ses trois enfants, Virginie Labrosse, pourtant arrivée sur place, est restée d'une grande froideur. « C'est à moi », a-t-elle dit aux policiers en désignant les bébés. En garde à vue, elle n'aurait « manifesté aucune émotion particulière, ce qui est caractéristique dans les cas d'infanticide », commente le procureur.

Son ex-concubin cherche lui aussi à comprendre son comportement. Mercredi, devant les policiers, il a lâché, très choqué : « Ce n'est pas possible, ces enfants ne sont pas ceux de ma femme. Ils doivent appartenir à quelqu'un d'autre. » Aujourd'hui, il doit se résoudre à admettre la triste réalité.


Ainsi, il est démontré que l'influence de la parole de la mère quant à l'organisation de la névrose de l'enfant est dépendante de la qualité de la relation que la mère entretient avec l'enfant et de la structuration psychique de la mère elle même, bien plus que d'un prétendu instinct maternel vital pour l'enfant.
 
Car aujourd'hui il s'avère qu'indépendamment de la mère, le père, s'il n'en est pas empêché peut entretenenir des relations avec le nouveau né bien avant l'acquisition du langage. Il entre en communication avec le bébé sans avoir nul besoin de l'autorisation maternelle.
 
Que la législation ou l'usage favorise la préemption de l'enfant par sa mère et fonde cette dernière à choisir le ou les pères qui vont intervenir dans son éducation, voilà sans doute le principal problème psychologique des enfants d'aujourd'hui.
 
Mais dans l'organisation moderne de la famille, hors situation de séparation parentale, bien avant l'âge de l'entrée de l'enfant dans le langage, qui est grosso modo de 2 ans, bien souvent la mère est retournée au travail,  et il n'est pas rare de constater que c'est le père qui s'occupe de l'enfant - alors même que suivant la théorie à laquelle fait référence la citation extraite ci-dessus, à cet âge, en toute logique, le père  ne serait même pas censé exister. Ceci indique un décalage iréductible entre cette théorie du père en tant que symbolique et les faits tirés de la réalité familiale moderne.
 
De plus, il est démontré tous les jours que se soit dans la névrose (ou la psychose), qu'il ne suffit pas de porter un enfant pour être sa mère comme vient de le rappeler cette actualité dramatique. Pas plus que le fait d’avoir été porté par sa mère ne garantira qu’un enfant reconnaîtra celle-ci par les sens, comme nous le disent la plupart des mères dont nous avons eu l'occasion d'entendre les confidences, et comme le confirment les recherches dans le domaine de la psychologie du développement. 
 
Au contraire, ma clinique m'a appris à reconnaître au fil des années que la relation mère enfant n’a rien d’automatique et ne revêt pas ce caractère de fusion idyllique présupposé. Les mères nous le précisent elles mêmes en contestant cette prétendue relation privilégiée et exclusive qu'on leur suppose entretenir avec l'enfant. En des termes du genre :
"Je vais vous dire j'ai été très surprise quand il est venu au monde je croyais que tout serait automatique, que tout passerait par moi, comme une lettre à la poste, l'allaitement etc...et bien ça n'est pas du tout comme ça que ça s'est passé quand il était petit. Déjà pour l'allaitement, il n'a pas trouvé le sein, tout seul et après, j'avais plus de lait. J'avais entendu tellement de choses, et ça collait pas avec ce que je ressentais. Je pensais même que j'étais une mauvaise mère. En plus, il a d'abord dit papa, il a d'abord sourit à son père. J'étais pas du tout bien je me posais des tas de questions." Etc etc...! 

Malheureusement, toutes les mères n'arrivent pas à prendre de la distance avec cette théorie qui leur demande d'être le socle de toute chose et ne fait qu'alimenter leur sentiment de culpabilité de ne pas être cette mère "suffisamment bonne" dont n'arrêtent pas de parler les psychanalystes. Ce sentiment de culpabilité est d'ailleurs particulièrement développé chez les mères qui entretiennent cette idée d'une prétendue continuité entre la vie in-utéro et la vie post natale. Sentiment de culpabilité renforcé voire créé de toute pièce par cette idée de "sensualité in utéro" qui permettrait de connaître sa mère au nom du fait qu'elle nous aurait porté.

Cet argument ici développé par Jean Pierre Winter part d'une conception du sujet humain très curieuse, puisqu'avant même d'exister légalement, avant même d'être achevé neurologiquement, l'embryon aurait quand même une existence en tant que sujet, et une capacité de discernement au moins sensuelle. Ceci me semble relever de la pure profession de foi et du seul domaine de la croyance.

Il s'agit d'un argument indémontrable cliniquement. Rien n'a jamais pu être établi de l'existence d'un appareil psychique in utéro, et personne n'a jamais associé librement chez son analyste sur ses perceptions anténatales sans passer pour psychotique. 

En outre, cette croyance est de nature à renforcer dans leurs convictions les opposants à l'avortement puisque le foetus y est  strictement identifié au sujet humain.

En réalité, toute mère et tout enfant ont au contraire, à faire l'expérience de la coupure radicale et du traumatisme de la naissance, et pas du tout l'expérience de cette fictive et indémontrable continuité dont l'hypothèse n'est pas plus sérieuse que celle d'un instinct maternel qui reposerait exclusivement sur des pulsions de vie.

Les nombreuses références religieuses auxquelles Jean-Pierre Winter et d'autres psychanalystes font référence me semblent indiquer que cette vision d'un père n'intervenant que par procuration de la divine mère n'est pas soutenue par la clinique et encore moins par la science, mais est plutôt le résultat de développements cultuels.
 
Au point que cette vision d'une relation mère enfant idéale, première, prétendument sensuelle, prise dans une fusion qui ne s'éteindrait jamais, entretient une confusion et se complet en une absence de discrimination entre le normal et le pathologique.
 
Or, le constat le plus évident montre que c’est justement quand rien ne vient remettre en cause la toute puissance de la parole maternelle que l’on retrouve les troubles les plus graves chez l’enfant. Cette univocité de la parole maternelle, n'est pas une donnée de la structure, mais un arrangement congruent des pathologies maternelles et paternelles, ou encore le résultat malheureux de la mise à distance du père réel.
 
L'indistinction fusionnelle mère enfant n'est nullement une étape nécessaire dans la construction du sujet humain, mais un grave avatar de la structuration, lié notamment à l'absence du père de la réalité de la vie du nouveau né.
 
Quand JP Winter soutient "quand une mère affirme  « cet homme n’est pas ton père », la science ne peut pas y changer grand-chose", il m'apparaît évident qu'il commet de surcroît une erreur quand au but de la science qui n'est pas d'entrer en concurrence avec le discours, (fut-il maternel), mais d'établir des faits irréfutables, normalement mis à la disposition de tous. 
 
Si cette affirmation du psychanalyste était fondée pourquoi ne pas donner droit à tous à la vérité biologique ?
Si le savoir scientifique avait si peu de poids face à la parole de la mère, pourquoi interdire le recours des enfants ou des pères aux tests de recherches de paternité ?
 
Au contraire, il est évident que la parole maternelle n'est plus (et n'a sans doute jamais été) le parangon de la fiabilité pour la détermination de la filiation paternelle, ni la seule organisatrice de la névrose.
Heureusement pour les mères !
 
De surcroît, on comprend mal le début de ce qui est avancé, attribuant au père le pouvoir d'introduire l'enfant au langage et à la loi, alors qu'en somme il ne serait selon cette même théorie qu’une place vide, seulement occupée dans un deuxième temps, au gré du désir de la mère et à la faveur de sa désignation.
Si c'était la mère qui désignait le père à l'enfant, et si c'était lui qui ensuite introduisait l'enfant à la loi, il ne le ferait donc que par procuration. Ca n’est pas du tout ce qui est attendu de lui, ni par la législation, ni par les enfants. Ca n'est heureusement pas non plus ce qui se passe dans la réalité. Ne serait-ce qu’à voir les bébés sourire aux jeux proposés par leur père.
 
Mais, c'est exactement avec cette conception du père, comme d'un être indéfini par la loi, et la biologie, entièrement soumis à la parole de la mère qu'il faut lire les problèmes sociaux actuels relatifs à l'absence d'autorité. Car cette définition est incompréhensible pour le commun des mortels, incohérente et inefficace pour comprendre les enjeux présent et à venir pour les pères et les enfants aux plans conceptuel et pratique.
 
Un enfant a bel et bien deux parents dès l'origine, à fortiori si l'on fait référence à la biologie, qui décrit une parité génétique absolue entre le père et la mère. Les lois de la génétique font d'ailleurs le pendant au principe légal essentiel de l'autorité parentale conjointe qui dans la hiérarchie des valeurs consacre la permanence du principe parental face à la fugacité du lien conjugal.
 
De plus, il existe encore, dans tous les pays du monde un droit à contestation de la paternité !
 
C’est donc la loi qui décide de la filiation, pas la parole maternelle !
 
D’ailleurs que signifie-t-il de dire à un enfant qu’envers et contre la biologie et le droit, sous prétexte d'organisation de sa névrose, c’est sa mère qui décide de qui est légitimement son père ?
 
C’est précisément cette attitude qui est productrice de pathologie. Il n’y a pas deux lois,celle des psy et celle des juristes.
 
Du reste, on ne voit pas à quelle loi (oedipienne ou non) pourrait se référer vis à vis de son enfant, un père qui ne serait lui même investi d’aucune légitimité ou prérogative sociale, s'il était simplement défini comme le père par l’effet d’une désignation subjective toujours possiblement tributaire des aveuglements affectifs, fussent ils ceux de la mère naturelle !
 
A l'évidence le père n'est plus celui que les noces désignent.
 
Alors évidemment, dans la logique, avec une théorie aussi erronée, d'un père seulement défini par l'accréditation que lui donnerait la mère, certains pensent que pour sortir de cette aporie il faudrait donner de nouveaux droits au compagnon de la mère. C'est-à-dire créer de nouvelles lois. Ce faux remède apparaît justement comme une tentative de régularisation par la loi d'une construction théorique en inadéquation avec les faits sur lesquels elle est censée prendre appui et en opposition avec la législation déjà existante dont je rappelle qu'elle prévoit précisément la coparentalité, la résidence alternée et la double domiciliation comme renforcement de la légitimité parentale. 
 
A vouloir donner automatiquement des droits parentaux au nouveau compagnon d'un parent séparé, il est certain qu'on verrait triompher cette théorie du père défini comme un vulgaire appendice maternel. Il est tout aussi certain que la confusion serait reine.
 
Et si en ce domaine certains psys ou beaux parents placés au plus haut niveau de l'état s'en trouveraient comme des poissons dans l’eau, il n'en serait pas de même des enfants et des parents que nous auront à écouter et à soigner qui risqueraient d'être évidemment toujours plus nombreux.
 
Pourtant, on devrait se réjouir des conséquences théoriques tout à fait intéressantes dans le champ psychologique qu’offre cette possibilité de déterminer qui est le père indépendamment de la parole de la mère, puisque du même coup la parole maternelle n’échappe plus à la loi, quelle que soit la manière dont on entende cette dernière, juridique ou symbolique.
 
Ainsi on peut dire que la parole féminine sort de la sacralité, de l’ineffable, et devient tout simplement humaine, puisqu’elle peut, ou mentir ou dire la vérité.
A qui cela servirait-il, à part aux vrais phallocrates, de continuer à penser les femmes et les mères comme exclusivement situées du côté de la magie, de l’ineffable, de l’intuitif, de l’irrationnel, du surnaturel, en somme au dessus des lois. Ces erreurs ou préjugés rendent même impossible tout progrès dans la compréhension de ce qui se joue dans les liens que tisse l’enfant dès l’origine dans sa relation à tous les autres, (au pluriel). Or, au jour d’aujourd’hui cet aspect de la pluralité initiale du lien humain n’a quasiment jamais été étudiée, et pourtant le nouveau né a des interactions langagières incontestables avec son père et avec d’autres humains que sa mère.
 
On a, hélas, quasiment toujours centré les études et les observations du nouveau né sur la relation de l’enfant à sa mère, alors forcément on s’interdit toute intelligence des liens précoces tels qu’ils existent dans la réalité. Le père est cantonné dans toutes ces études à une existence protocolisée, prévue par avance, sans aucune surprise possible. Il n’est vu que dans l’ombre de la mère, considéré comme n’ayant à intervenir que dans un deuxième temps de la vie de l’enfant, bien après la naissance de celui-ci. Or, ça n’est pas du tout ce qui se passe : quand il est là le père intervient quasiment toujours déjà dans la vie précoce de son fils ou de sa fille. Ceci est avant tout démontré par les observations de la vie courante, que chacun peut faire.
 
Les grands chantiers ouverts par Lacan ne peuvent et ne doivent être pris pour des constructions achevées, puisque les fondations elles mêmes ne sont pas terminées. Aussi quand il soutenait que les femmes et leur parole, ne sont pas toutes soumises à la loi (de la castration), ou que LA femme n'existe pas, il n’affirmait pas un désir, mais essayait de jeter les bases d’une formulation de la différence des sexes. Un commencement pas une fin ! 
Lacan avait pourtant prévenu que les schémas qu’il exposait n’étaient qu’une tentative de marquer la différence sur le plan psychique entre homme et femme, précisant qu’après tout une femme pouvait tout aussi bien se ranger du côté des hommes et vice versa.
Sans trop entrer dans les détails ici, je crois qu’on peut dire que s’il y a des fonctionnements qui peuvent être différents de la norme en terme de genre sexuel pour l’un ou l’autre sexe, on n’a pas pour autant du même coup défini cette norme sur le plan structural.
 
En fait, la différence des sexes tient à la relation entre un marquage légal et la biologie, qui le soutend. Il resterait à la psychologie et à la psychanalyse la tâche ardue qui consisterait à définir pourquoi un sujet se range de tel ou tel côté sexuel plutôt que de définir des normes d’existence en terme de contenu pour l’homme, la femme, le père, la mère. Il me semble que justement ce que le travail de Lacan aura démontré est que tout ça n’est pas une affaire de contenu, mais de différence entre deux côtés, d'articulation entre différents registres qui se constituent chacun de l'existence des autres. Si la question demeure de savoir comment ces côtés s’articulent entre eux, il n’en reste pas moins que ceux-ci peuvent être définis indépendamment de considérations post lacaniennes pseudos structurales qui finalement ne sont que purement phallo centristes au sens même que pourrait donner le féminisme à ce terme.
 
Considérer théoriquement le phallus comme l’objet du désir de la mère comme tout bon lacanien se doit de le faire est une chose, mais considérer qu’il n’est que ça est une dérive. Dérive qui aboutit une fois encore à la négation du corps, de la biologie et de l’inscription légale. Négation de l’organe sexuel masculin tout comme l’organe sexuel féminin avait préalablement été ignoré par Freud.
 
Sans doute était il nécessaire de redéfinir les choses après Freud, peut-être trop accroché à la définition biologique du phallus en tant qu’organe, au point de définir la différence des sexes exclusivement par rapport à la question d’avoir ou pas l’organe masculin, et en ignorant l’organicité féminine propre, mais tomber dans l’extrême inverse en rompant totalement avec la biologie et en promouvant un terrorisme du symbolique revient à passer de charybde en scylla.
 
Il est temps de se dire que les choses humaines ne sont pas purement symboliques ou purement biologiques, ou encore purement juridiques ou affectives.
Georges BLOND
Psychologue clinicien

Pater non semper incertus, mater non semper certa
La légitimité du père
La fin de la nécessité de sacralisation de la parole maternelle
Les paternités « blanches »
La mère plus incertaine que le père?

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