Les sombres manèges de la mère infanticide
De notre envoyé spécial à Albertville R. T..Publié le 25 août 2007
Les corps des trois bébés de Virginie Labrosse, 36 ans, doivent être autopsiés aujourd'hui.
VIRGINIE LABROSSE, 36 ans, a été mise en examen, hier, pour « meurtre sur mineur de moins de 15 ans », puis incarcérée. La jeune femme a reconnu avoir laissé mourir les trois bébés dont elle avait accouché en 2001, 2003 et 2006. Son compagnon, Philippe, 40 ans, ainsi que son amant, Frédéric, 20 ans, ont en revanche été mis hors de cause.
C'est à l'intérieur de sacs-poubelles déposés dans une malle et un carton, entreposés dans un vide sanitaire de la maison d'Albertville (Savoie), que Virginie Labrosse avait dissimulé les trois nouveau-nés. Alors qu'il préparait les affaires de sa compagne, dont il se séparait, le quadragénaire a fait la macabre découverte. « Virginie Labrosse a passé des aveux complets, explique Henri-Michel Perret, procureur de la République d'Albertville. Elle a expliqué avoir mené ses trois grossesses à l'insu de son concubin. Elle a accouché à son domicile une première fois dans les toilettes, les deux fois suivantes dans la salle de bains. Elle a placé les nouveau-nés avec leur placenta dans des sacs plastique avant de les mettre dans le compartiment congélateur de son réfrigérateur. De 2001 à 2007, elle a dû gérer la congélation et la décongélation de ces trois corps car elle les sortait fréquemment pour éviter que son compagnon ne les découvre. Elle les dissimulait alors dans la maison, à l'intérieur de sacs isothermes. »
«Ils étaient en moi»Les proches de la jeune femme ont tous déclaré aux policiers qu'ils n'avaient jamais remarqué la moindre de ces grossesses. L'autopsie des corps des trois nouveau-nés aura lieu aujourd'hui à Paris. Après avoir d'abord affirmé qu'elle avait laissé mourir tous ses enfants, Virginie a reconnu devant les enquêteurs qu'elle avait peut-être serré le cou de son troisième nouveau-né. Des analyses ADN détermineront également si la jeune femme est bien la mère des trois enfants et qui en est le père. En effet, la justice n'écarte pas l'hypothèse selon laquelle le troisième enfant pourrait avoir été conçu lors d'une relation extraconjugale.
Virginie a expliqué aux policiers son souci de conserver les corps de ses bébés en dépit de grossesses non désirées : « Je ne voulais pas les abandonner, ils faisaient partie de moi. Ils étaient en moi. » Pour le procureur, « il y a là une dimension psychologique et psychiatrique évidente qui rappelle l'affaire Courjault. Dans ce dossier, les expertises psychologiques, psychiatriques, voire psychanalytiques seront de la plus grande importance », souligne le magistrat.
http://www.lefigaro.fr/france/20070825.FIG000000637_
Les confidences de Virginie à ses voisines : "C'est mieux, les enfants des autres. Moi, je n'en veux pas"
De notre envoyé spécial à Albertville RAPHAËL THOMAS.
Publié le 25 août 2007
Née d'une mère alcoolique, séparée de son concubin, elle a dissimulé sans peine trois grossesses.
DANS L'ENTOURAGE de Virginie Labrosse, c'est l'incompréhension et la stupeur. Personne n'arrive à expliquer le comportement de cette jeune femme pourtant décrite comme gentille, joyeuse et souriante.
Depuis le 2 août, Amélie hébergeait chez elle sa meilleure amie Virginie et son jeune amant, Frédéric. « Jamais je n'aurais pu imaginer une telle chose. Elle disait qu'elle ne voulait pas d'enfants par rapport à sa propre enfance », explique-t-elle. Virginie a confié aux policiers avoir connu une enfance difficile avec une mère alcoolique qui la délaissait. Dans la cité HLM où la jeune femme a résidé plusieurs années, les anciens voisins de Virginie sont choqués. « Je voyais qu'elle n'avait pas d'enfants, alors je lui disais : « Il faut en faire un, c'est bien, tu verras. » Elle me répondait : « C'est mieux, les enfants des autres ; moi, je n'en veux pas », confie une de ses ex-voisines.
Il y a deux ans, Virginie est tombée amoureuse d'un étudiant, Frédéric. « Quand on les voyait ensemble, leur amour crevait les yeux », commente Amélie. Il faut dire que le couple de Virginie battait de l'aile depuis longtemps. En 2001, Philippe, son concubin, avait été condamné à sept mois de prison ferme pour agression sexuelle sur une jeune auto-stoppeuse. Lorsque Virginie accouche de son premier enfant, il est derrière les barreaux. « Cela a peut-être joué un rôle majeur dans sa détermination de ne pas garder l'enfant », analyse le procureur, Henri-Michel Perret.
Pourtant, en 2006, le couple fait construire une belle maison dans le quartier de Saint-Sigismond, à Albertville. Il y a quelques jours, Virginie confiait encore à Amélie : « Elle m'a dit : »Si tu savais ce que Philippe m'a fait, tu ne comprendrais pas comment je suis restée aussi longtemps avec lui.* ». Virginie et Philippe se sont connus il y a seize ans, dans la station des Saisies, alors qu'ils étaient tous les deux saisonniers. Depuis, Philippe était devenu plombier-chauffagiste et travaillait beaucoup. Virginie était femme de service par intérim dans un centre d'accueil communal. Leur relation était chaotique depuis des années, mais c'est récemment que Virginie avait choisi de rompre.
«Pas d'émotion particulière» Quand on évoque la mort du troisième enfant de Virginie, Amélie s'écrie : « J'espère qu'il n'était pas de Frédéric ! » Récemment, Virginie avait confié à son amant qu'elle avait avorté il y a plusieurs années. « Puis elle s'est reprise et a dit que c'était une bêtise », raconte Amélie. Frédéric a affirmé devant les policiers qu'il n'était pas au courant de la troisième grossesse de Virginie. Celle-ci a expliqué durant sa garde à vue que toute grossesse provoquait chez elle un stress si important que cela la faisait maigrir. « Elle perdait jusqu'à dix ou quinze kilos à chaque fois. Son entourage ne s'apercevait de rien », explique le procureur.
Lors de la découverte des corps de ses trois enfants, Virginie Labrosse, pourtant arrivée sur place, est restée d'une grande froideur. « C'est à moi », a-t-elle dit aux policiers en désignant les bébés. En garde à vue, elle n'aurait « manifesté aucune émotion particulière, ce qui est caractéristique dans les cas d'infanticide », commente le procureur.
Son ex-concubin cherche lui aussi à comprendre son comportement. Mercredi, devant les policiers, il a lâché, très choqué : « Ce n'est pas possible, ces enfants ne sont pas ceux de ma femme. Ils doivent appartenir à quelqu'un d'autre. » Aujourd'hui, il doit se résoudre à admettre la triste réalité.
Malheureusement, toutes les mères n'arrivent pas à prendre de la distance avec cette théorie qui leur demande d'être le socle de toute chose et ne fait qu'alimenter leur sentiment de culpabilité de ne pas être cette mère "suffisamment bonne" dont n'arrêtent pas de parler les psychanalystes. Ce sentiment de culpabilité est d'ailleurs particulièrement développé chez les mères qui entretiennent cette idée d'une prétendue continuité entre la vie in-utéro et la vie post natale. Sentiment de culpabilité renforcé voire créé de toute pièce par cette idée de "sensualité in utéro" qui permettrait de connaître sa mère au nom du fait qu'elle nous aurait porté.
Cet argument ici développé par Jean Pierre Winter part d'une conception du sujet humain très curieuse, puisqu'avant même d'exister légalement, avant même d'être achevé neurologiquement, l'embryon aurait quand même une existence en tant que sujet, et une capacité de discernement au moins sensuelle. Ceci me semble relever de la pure profession de foi et du seul domaine de la croyance.
Il s'agit d'un argument indémontrable cliniquement. Rien n'a jamais pu être établi de l'existence d'un appareil psychique in utéro, et personne n'a jamais associé librement chez son analyste sur ses perceptions anténatales sans passer pour psychotique.
En outre, cette croyance est de nature à renforcer dans leurs convictions les opposants à l'avortement puisque le foetus y est strictement identifié au sujet humain.
En réalité, toute mère et tout enfant ont au contraire, à faire l'expérience de la coupure radicale et du traumatisme de la naissance, et pas du tout l'expérience de cette fictive et indémontrable continuité dont l'hypothèse n'est pas plus sérieuse que celle d'un instinct maternel qui reposerait exclusivement sur des pulsions de vie.
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