Proposition d’articulation des différents registres de la parentalité à partir d’une réflexion sur la définition et la légitimité paternelle 

Proposition d’articulation des différents registres de la parentalité à partir d’une réflexion sur la définition et la légitimité paternelle.

 

Le père: une question de définition et de légitimité

 

Qui est le père ? : celui qui le veut, celui qui a élevé l’enfant, celui que la mère reconnaît, celui que l’enfant choisit, celui que le juge désigne, ou encore celui que la biologie aura déterminé par l’intermédiaire des tests ADN ?

Sur quelles bases définir le père  dès lors qu’entrent en conflit des intérêts, des contextes, et des idéologies divergents. La meilleure façon de sortir du flou conceptuel dès lors qu’on parle du père revient à se poser la question de sa légitimité.

Premier constat : les conceptions auxquelles il est fait référence ci-dessus font appel soit à une désignation extérieure soit à une auto proclamation du père.

A priori la question de l’auto proclamation paternelle est problématique, puisque le père ne ferait l’objet d’aucune qualité ou prépondérance particulière et se définirait par simple distribution, autant dire que du coup nous serions dans l’aléatoire pur, et l’absence de définition. Ainsi, le but recherché ne serait pas atteint car la définition se ferait en l’absence totale de critère, en excluant justement tout fondement et toute légitimité.

Le père doit donc être désigné ou au moins se faire désigner, plutôt que s’autoproclamer. Mais en tout état de cause, il apparaît que c’est un tiers ou un acte institutionnel qui officialisera la fonction. Car, n’est pas père qui veut !

Mais, d’emblée, il n’apparaît pas souhaitable d’évacuer la question du désir du père lui-même, c'est-à-dire de l’acceptation ou non par le principal intéressé de la qualité de père qu’on chercherait à attribuer. Sans quoi on ne ferait que fabriquer du père absent, ou du moins un concept vide de tout sens clinique. Le père ne peut se résumer à une fonction ou à un bout de papier ni pour l’homme, ni pour l’enfant, il doit être constitué de chair et d’os et capable de parler pour dire son avis; même si la représentation du père du côté de l’enfant n’est pas toujours superposable à sa définition.

Est-ce la mère qui seule saurait dire qui est le père, parce qu’elle seule serait capable d’établir une relation de cause à effet entre un ou plusieurs actes sexuels et la grossesse qui s’en est suivi ? Serait elle seule capable de déterminer quel possesseur de spermatozoïde a été le fécondateur ? Conception qui affirmerait que le père est le père biologique, (puisqu’il s’agit du géniteur), mais sans aucune vérification, sur la seule foi de la seule parole féminine.

Sachant qu’aucune parole ne peut ni ne doit être confondue avec la réalité qu’elle désigne, cette définition du père, n’est pas admissible. De surcroît, si le père n’était que le géniteur, il faudrait au moins se donner les moyens de vérifier scientifiquement qui est le géniteur puisque cela est aujourd’hui possible.

Est-ce la mère qui seule saurait dire qui est le père, mais cette fois, au sens de l’exercice de la fonction paternelle?  L’argument souvent avancé : la mère seule serait capable de déterminer ce qui est structurant pour l’enfant, car elle entretiendrait avec l’enfant une prétendue relation fusionnelle qui lui donnerait une connaissance absolue de ce qui est bon pour lui. Du coup la mère serait autorisée au nom de cette fusion avec l’enfant à décerner à tel ou tel homme des bons points de paternité au gré du désir conjugal qu’elle nourrirait vis à vis de ces hommes en tant que femme.

Cette conception très répandue dans le milieu psy affirme que le père est décidé exclusivement par des considérations sexuelles affectives et/ou symboliques, et est sans relation nécessaire avec la loi juridique, ou avec l’autorité et la responsabilité parentales. Dans cette position, la mère se substituerait au magistrat, à la société, et au père lui-même.

Ce qui veut dire également que la qualité de père s’attribuerait au mérite et surtout dans un temps bien ultérieur à la naissance de l’enfant. Ainsi, jusqu’au moment de cette désignation maternelle l’enfant serait, dans le fond, sans père, ce qui est évidemment faux et stupide. Car sur le plan des interactions père-enfant le lien se tisse dans la majorité des cas entre le père et l’enfant dès la naissance, mais également sur le plan juridique où un enfant a un père dès lors que le père le reconnaît pour les situations hors mariage. On voit bien qu’il y a un problème conceptuel majeur à désigner le père sur la base d’un oedipe réussi qui n’existe que dans l’imaginaire.

Cette définition du père à partir de la mère qui s’est développée en plein essor du féminisme, n’est plus d’aucune utilité dans l’étude des relations parents enfants, ne serait ce que parce qu’elle ne permet absolument pas d’expliquer comment on définit le père quand c’est lui qui a élevé le nouveau né en l’absence de toute figure maternelle.

Ce qui veut dire qu’elle ne permet pas non plus de rendre compte de ce qui s’observe dans la réalité, ni d’expliquer la structuration de l’enfant dans sa relation au langage et à la loi dans l’ensemble des cas de figures. Elle ne peut donc pas être considéré comme légitime. En outre, cette définition matri linéaire confond le conjugal et le parental  et n’offre aucune pertinence. On peut imaginer ce que cela donnerait si le désir féminin suffisait à la fabrique du père : des millions d’enfants auraient officiellement plusieurs pères, et chaque père aurait des vrais enfants et des faux enfants, disséminés un peu partout où les séparations parentales les auraient conduits.

En outre, dans la mesure où le temps de la constitution de l’enfant en tant que sujet  est plus long que la durée de vie moyenne du couple actuel (à savoir environ 4 ans), on imagine aisément le bordel social que générerait l’adoption d’une définition du père simplement asujettie aux fluctuances du désir maternel.

Si les choses devaient se situer par rapport au mérite parental du père, tel  que la mère en jugerait, l’attribution de la qualité de père par la mère, ne saurait pas non plus se concevoir. Car la mère serait d’abord obligée d’être elle-même le père pour pouvoir ensuite reconnaître cette qualité chez un homme. Or, à ma connaissance les mères ne sont pas plus capables que les pères d’avoir la connaissance de tous les rôles parentaux, d’être à toutes les places.

Donc on voit que cette idée de la détermination du père à partir du discours ou de la parole de la mère amène à une impasse conceptuelle. Elle constitue même une grosse aberration au plan des faits. Elle n’a aucune valeur clinique, scientifique ou juridique.

Si le père doit être désigné, par qui peut-il l’être et sur la base de quels critères ?

Serait-ce l’enfant qui choisirait qui est son père ? Il peut paraître assez curieux de poser la question comme ça, et pourtant … On entend assez souvent revendiquer comme sans importance le fait qu’un enfant appelle papa un monsieur qui n’est pas son père. Revendication qui en général se fait au nom du fait que le monsieur élève l’enfant au quotidien sans avoir une trop mauvaise relation avec lui. L’enfant finit donc par s’attacher à ce monsieur, tout en se repérant très bien dans l’amour et en continuant d’aimer son vrai père, mais à distance nous apprend on.  Evidemment, avec le temps les choses se corsent, et à nouveau la question de la légitimité se pose.

Le père se fait plus rare, l’ami de la mère plus présent. Scénario classique de la « recomposition » où tout est mis en place plus ou moins consciemment par les adultes pour qu’un jour l’enfant en vienne à la fatidique question de savoir comment il doit appeler l’ami ou le mari de sa mère. Bien entendu l’enfant est censé faire la différence entre son père, qui ne vit plus avec lui, et ce nouveau Monsieur, dont pourtant il sent bien qu’on attend de lui qu’il l’aime et le respecte pareillement à son père. En effet, toutes les productions socio culturelles actuelles viennent conforter ou produire cette attente parentale en laissant entendre que celui (ou celle) à qui on devrait l’affection est celui qui élève.

Au bout d’un temps variable se pose un problème d’un autre ordre : comment appeler ce monsieur qui élève l’enfant au quotidien ? La réponse constante des adultes du couple recomposé est qu’ils laissent l’enfant décider, s’il veut, appeler papa ou non, l’ami ou le mari de la mère quitte à ce qu’il y ait un papa X et un papa Y. Et tout le monde semble content : l’enfant se retrouve avec deux papas, qui sont d’ailleurs supposer s’entendre remarquablement, et à lui l’enfant on demande juste de faire la différence et d’avoir les capacités de discernement nécessaires pour aimer pareillement les deux prétendus père(s). Logique ; puisque ces parents attribuent à l’enfant la responsabilité d’avoir voulu appeler papa Y l’ami ou le nouveau mari de la mère, le problème doit donc être ailleurs, (si l’enfant a un problème).

Sauf que..., l’ami ou le mari de la mère a en général un prénom qui suffirait normalement à le désigner si les parents ne manipulaient pas l'enfant. Car, lorsqu’on laisse l’enfant mettre papa en préfixe (ou papa tout court) on accepte de laisser l’enfant attribuer au monsieur un rôle parental. (Le désir sous jacent est même extrêment souvent qu'il remplace le père). 

Les conséquences ne sont pas inexistantes puisque l’enfant posera plus ou moins rapidement la question  des raisons pour lesquelles il doit continuer d’appeler son père, papa, et est dans la position logique de lui contester tout rôle parental, (puisqu’il le voit moins que l’autre papa).

On voit donc que l’enfant pose en permanence la question de la légitimité parentale, et pas seulement dans le fantasme, au moment de ce que les psys appellent le roman familial. Il est donc tout à fait capital de lui apporter une réponse cohérente et pertinente. Car bien souvent, pour les enfants modernes le roman familial freudien n’est plus un fantasme : il s’exerce dans la réalité quotidienne.

Cliniquement, il est clair que ça n’est pas aider l’enfant que de lui laisser croire qu’il peut avoir plusieurs pères puisque c’est la meilleure façon de faire en sorte qu’il n’en ait plus aucun. De surcroît les choses sont décidées bien avant l’enfant, et elles sont en général irrévocables. Par conséquent lui donner l’illusion que lui, l’enfant, il déciderait des règles, revient à lui interdire toute enfance et tout repérage dans la différence des générations, ce qui est absolument désastreux.

Suivant cette idée, l’enfant deviendrait lui-même en raison des sentiments qu’il exprime : adulte et législateur, et pourquoi pas consommateur direct et électeur aux prochaines présidentielles!

En tout état de cause, du cas de figure ci-dessus, on peut tirer la conclusion  que pas plus la demande immédiate de l’enfant, que l’exercice au quotidien de l’éducation par un homme n’est nécessaire et suffisant pour définir la paternité.

Serait-ce à dire que le père est avant tout désigné légalement ? 

Incontestablement, puisque la légalité distingue ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas.

Mais sur quoi, en cas de litige et de conflit d’intérêt, le juge peut- il s’appuyer s’il ne veut pas être dans le pouvoir absolu, dans le galvaudage de la fonction ? C'est-à-dire finalement à quelle légitimité peut il lui-même se référer s‘il veut éviter les écueils repérés ci dessus ?

Face à ces conflits d’intérêts multiples a-t-il le choix de faire référence à autre chose qu’à la paternité biologique, et la définition scientifique du père ? Car l’imposture existe, et le phénomène des paternités blanches ou de papier est là pour nous prouver, si besoin était, qu’on peut acheter le titre de père, et spolier le père légitime en établissant délibérément de fausses déclarations à l’état civil afin d’obtenir des avantages matériels, dès lors qu’on ferait confiance à la seule parole de la mère pour la détermination du père.

Ce qui veut dire que la référence univoque à la parole de la mère pour définir ce qu’il en est du père, n’a plus aucun sens et ne revêt aucun caractère de fiabilité, elle manque même passablement de sérieux, aussi bien sur le plan scientifique que juridique.

On voit  donc qu’il existe une interrelation entre le père légal et le père biologique, sur la base de la légitimité de la filiation naturelle. Inversement quelle légitimité pour la « filiation affective », quelle relation entretient-elle avec la légalité ? De toute évidence, on constate que la définition du père renvoie à des considérations pluri dimensionnelles tout comme la parentalité en général. Mais le père légal et le père biologique ne se confondent pas, tout comme la parentalité légale et biologique, sinon nous n’aurions pas d’autres références que les parents biologiques comme modèle légal, ce qui ne renverrait pas à ce qui s’observe. La modélisation générale que je propose ci-dessous pour tenter d’illustrer comment interagissent les différents aspects de la parentalité reste évidemment valable pour décrire ce qui se joue dans la parentalité paternelle. Comme pour la parentalité en général, et comme nous venons de le voir, il existe une autre légalité du père que la légalité-biologique : il s’agit de la légalité adoptive. Cette dernière n’a en principe pas comme but la spoliation de la légitimité biologique, à des fins pécuniaire comme pour les paternités de papier, mais a pour office de permettre à des couples stériles de devenir parents.

Comme pour la parentalité en général on ne peut éviter de rechercher la légitimité paternelle ailleurs que dans le champ de la légalité, mais de la même manière, considérer que le père n’est que le père légal n’a aucun sens. La question devient plutôt de savoir comment les aspects légaux de la paternité composent avec les aspects affectifs et biologiques.

Le père légal est-il le père biologique, a-t-il une relation affectueuse avec l’enfant, l’élève-t-il ? On s’aperçoit alors, qu’il existe des pères tout à la fois père légal, biologique et affectif.

La légitimité paternelle même si elle peut être aussi affective et biologique ne peut s’inscrire ailleurs que dans la légalité. C’est en quelque sorte un fait de structure puisque c’est cette légalité qui est à la base des règles de parenté.

Mais rien n'interdit que cette "légitimité légale" ne soit aussi affective et biologique. La pluralité du père n'est nullement un fait de structure psychologique, mais aurait tendance à devenir un fait de société du fait de la discrimination parentale paternelle induite comme effet pervers du féminisme.

Mais, comme il n’y a, à mon sens, pour ce qui concerne la légitimité maternelle, aucune raison de tenir un raisonnement différent, je proposerai le schéma suivant comme outil de représentation des différents registres de la parentalité.

http://unenfant-deuxparents.metawiki.com/schémadelaparentalité

 

Georges BLOND,

psychologue clinicien.

 


 

Proposition d’articulation des différents registres de la parentalité
À partir d’une réflexion sur la définition et la légitimité paternelle.
http://unenfant-deuxparents.metawiki.com/laparentalitéàpartirdelalégitimitépaternelle
 
Pater non semper incertus, mater non semper certa
La légitimité du père
La fin de la nécessité de sacralisation de la parole maternelle
Les paternités « blanches »
http://unenfant-deuxparents.metawiki.com/Paternonsemperincertusmaternonsempercerta
 
Essai de modélisation de la parentalité
Schéma des différents aspects
http://unenfant-deuxparents.metawiki.com/schémadelaparentalité
 
Commentaires du schéma de la parentalité
Organisation des différents champs de définition et de légitimation de la fonction parentale
http://unenfant-deuxparents.metawiki.com/Commentaires-schéma
 
Aspects juridiques
http://unenfant-deuxparents.metawiki.com/résidence_alternée

 


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