Pour une clinique de la séparation parentale et de la rupture du lien parent-enfant 

Trajectoires parentales paternelles brisées

Des inter-relations du contentieux juridique avec l'exercice de la parentalité, à partir de situations concrètes. Ou comment des décisions peuvent empêcher ou permettre cet exercice.

Des rapports du lien parent-enfant avec la Loi, les lois, et le désir du sujet, les désirs des sujets.

Plusieurs évéments récents m'incitent à tenter de mettre en lumière un certain nombre de points de la réalité parentale que la clinique des séparations dévoile.

Le 1er avril (ça ne s'invente pas!) un intervenant de la conférence intitulée « où sont les pères » qui s'est tenue à Strasbourg à la Maison de l'enfance annonce tout de go qu'au bout de 2 ans après une séparation : 1 enfant sur 2 ne verrait plus son père.?

Face à l'étonnement que j'ai pu manifester dans la question adressée à l'issue des présentations quant à l'ampleur du désastre que traduirait ces chiffres s'ils étaient exacts, l'intervenant en question a été incapable de citer les sources et le fondement de ce qu'il avançait.

Outre, le fait que présenter des chiffres pour rendre plausible l'absence des pères en la faisant passer pour une réalité, mais en ne pouvant les référer à aucune étude ou travail de collecte existant réellement revienne à exercer une manipulation de l'opinion de l'assistance, la démarche intellectuelle du recours aux statistiques ne semble pas du tout permettre de savoir de quoi on parle.

Plus récemment dans une réunion de travail réunissant des professionnels de l'enfance est évoquée la situation d'une enfant dont les parents sont séparés qui développe une peur de son beau père, peur également vécue par la mère de l'enfant, face à laquelle il est décidé que l'enfant pourrait aller se réfugier chez son père le temps du règlement du conflit entre la mère et le beau père.

Or, une décision de justice avait vraissemblablement fixé la résidence habituelle de l'enfant en question chez sa mère, et n'avait sans doute pas octroyé au père plus qu'un modeste droit de visite rendant iréalisables, en l'état, les recommandations du superviseur de la réunion, car un fait était certain : l'adolescente habitait bien avec son beau père et pas avec son père.

Mais les collaborateurs s'ils pouvaient convenir de la quasi certitude qu'il ait été statué en justice sur les modalités d'exercice de l'autorité parentale et de la résidence de l'enfant, puisque la quasi totalité des situations d'enfants dont les parents sont séparés fait l'objet d'une décision de justice, étaient bien incapable de dire ce que cette ordonance ou ce jugement stipulaient puisque c'est la tradition en institution de soin d'ignorer la teneur exacte des décisions de justice, en particulier dès lors qu'il s'agit d'ordonnance du juge aux affaires familiales. Pourtant ces décisions sont éxécutoires.

Or, il est un fait que ces jugements qui édictent ce qu'il en est de l'exercice de l'autorité parentale et de la façon dont l'enfant devra vivre avec ses deux parents séparés, pourraient être considérés comme affaire privées par les parents, mais il est tout aussi évident qu'ils sont les seuls documents officiels de nature à préciser à des tiers ce qu'il en est réellement de l'autorité parentale et de la résidence de l'enfant. En ce domaine, beaucoup d'institutions de soin accusent un retard en comparaison de ce qui se passe dans d'autres administrations : fiscale, scolaire, de sécurité sociale, d'allocation familiale qui toutes exigent copie de la décision de justice qui fixe le statut légal de l'enfant.

Un peu comme si dans les institutions de soin la loi était masquée derrière le désir (médical sans doute). Comme s'il était possible à un enfant et à un parent ne bénéficiant que d'un droit de visite de faire ce qu'ils voulaient, alors même qu'une décision de justice a été rendue et a fixé des modalités à respecter impérativement sous peine de poursuites!

La clinique de la séparation parentale montre très clairement que les parents même s'ils restent dans la majorité des cas investis de l'autorité parentale de la même manière qu'avant leur séparation ne se sentent plus du tout la même latitude à l'égard de leur enfant. Car ils comprennent très rapidement ce qu'être justifiable veut dire, et ils savent que c'est la décision de justice qui au final juge des droits et devoirs parentaux de par son caractère exécutoire.

Assez rapidement ce qu'apprend le parent en situation de séparation parentale, est que s'il veut réellement exister pour son enfant sa première responsabilité consiste à ne pas outrepasser ses droits.

 Il a donc fallu intervenir dans le débat pour préciser qu'avant de mettre en oeuvre la solution visant à conseiller à l'enfant d'aller se réfugier chez son père, il vallait mieux un accord écrit entre le père et la mère pour le changement de résidence, même provisoire.

Sans quoi le père de l'enfant, bien que disposant vraisemblablement de l'autorité parentale, aurait été dans l'illégalité complète à accueillir sa fille, y compris pour la protéger. Et la connaissance de ces situations montrent que les choses ne peuvent se concrétiser réellement pour l'enfant que s'il y a au minimum un accord parental, indispensable à faire valoir ultérieurement vis à vis du juge ou d'institutions tierces.

Il existe en effet de nombreuses situations où des parents se sont vus poursuivre pour soustraction d'enfant (alors qu'ils essayaient simplement de protéger leur progéniture).

Mais ce conseil incomplet et surement trop rapide qu'avait donné le superviseur de la réunion nous semble néanmoins interessant dans la mesure où, au fond, il rappelle bien à nos collègues et collaborateurs, le fait qu'un enfant a en principe deux parents, et que les deux parents ont devoir de secours et de protecion vis à vis de l'enfant, même s'ils ne vivent pas tous les deux avec lui en permanence.

En revanche, le superviseur avait oublié la position statutaire de cette enfant.

La clinique tout à fait particulière des situations de séparations parentales enseigne qu'il existe, dès lors qu'une résidence alternée n'est pas décidée, un parent principal et un parent secondaire, (alors que sur le papier les deux parents sont censés avoir les mêmes droits).

Le parent secondaire est celui qui ne bénéficie que d'un droit de visite plus ou moins limité de son enfant qui n'habite pas officiellement avec lui et n'est pas considéré comme à sa charge.

On appelle souvent ce parent, le parent du week end ou des vacances, je préfèrerais pour ma part, le «parent empêché» ou «privé de son enfant», car l'exprérience montre qu'avec le droit de visite dit habituel ces parents ne voient leur enfant qu'un week-end sur deux, ce qui rend tout à fait impossible un exercice réel des responsabilités parentales, d'autant plus que les institutions (notamment scolaires) ne l'informent que du strict minimum de ce que vit son enfant, (quand elles daignent l'informer).

A ce tableau habituel, triste, mais réaliste, il convient de rajouter, que de toute évidence, si le législateur a imposé que les mêmes informations soient fournies aux deux parents dès lors qu'ils ont fait connaître leur séparation, c'est précisément parce que l'on sait très bien que le parent ne bénéficiant pas de la résidence de l'enfant peut se retrouver sans aucune nouvelle de lui, et même être dans l'impossibilité de communiquer librement avec lui. (Ceci est tout à fait contraire à toutes les législations y compris européenne, mais malheureusement extrêmement répandu dans les faits).

Une autre justification de cette obligation des institutions à l'égard du parent ne bénéficiant pas de la résidence (habituelle ou alternée) tient dans les déménagements intempestifs , produisant une mise à distance réelle de la vie de l'enfant avec l'autre parent, éloignant la possibilité du suivi educatif qui ne peut se faire qu'à distance.

Au dela des chiffres statistiques (au demeurant totalement infondés comme ceux qui ont été avançés à la conférence citée précédemment), et dont on connaît l'usage en politique, qu'en est-il vraiment de ces trajectoires parentales le plus souvent paternelles qui aboutissent au final à une rupture du lien, parfois totale?

Il semble évident de ce qui précède qu'il conviendra d'étudier ces situations avec une mise en perspective de tous les facteurs en cause, pas seulement une invocation impersonnelle de statistiques tirées dont ne sait où, ou la stigmatisation du seul parent paternel comme si celui-ci était seul responsable de son destin de parent du fait de son genre d'appartenance sexuel, ce qui est évidemment une pure imbécillité.

Car les décisions de justice qui régulent la quasi totalité des situations de séparation imposent à la parentalité paternelle, mais aussi maternelle, une grande partie des formes qu'elle va prendre.

Car encore une fois, ce qu'enseigne la clinique des parents séparés, est qu'ils sont empêchés ou obligés pour une partie de leur fonction par une décision de justice qui ne le leur laisse qu'une liberté relative.

Cet état de fait est le plus souvent ignoré dans les capacités empathiques des professionnels de l'enfance. Mais il n'est pas certain que cette limitation de liberté, ce statut de parent sous contrôle, ne concerne que les parents séparés.

De longtemps, j'ai remarqué de par ma situation particulière de psychologue travaillant avec des parents et leurs enfants au sein de l'association «Un enfant-deux parents», mais aussi en institution, que la situation concrète des parents, (en particulier des pères), en situation de séparation parentale judiciarisée était méconnue par nombre de professionnels de l'enfance.

Les propos tenus à la conférence organisée à la Maison de l'Enfance me l'ont encore confirmé. Que beaucoup de professionnels de l'enfance n'aient pas analysé leur propre position subjective à l'égard du père ne fait aucun doute, qu'ils manipulent des faits ou des chiffres, ou encore se contentent de sacrifier à ce stupide phénomène de mode qui voudrait ne faire du père qu'un simple mécanisme pas une personne, revient quelqu'en soit les mobiles à masquer la réalité parentale et humaine singulière telle qu'on peut la rencontrer.

Derrière ces chiffres fantaisistes impersonnels, cette position théorique éronnée qui vise à faire du père une simple fonction symbolique sans aucun ancrage corporel ou biologique, sans liens précoces avec l'enfant, c'est la réalité clinique paternelle qui est passée sous silence.

Or, la situation des pères lors des séparations parentales continue de ressembler à un vrai parcours du combattant qui ne tolère aucune faiblesse et peut prendre la forme d'un véritable engrenage aboutissant à leur éradication pure et simple en tant que parent. Et en ce domaine il est certain qu'il n'y a pas du tout égalité : il est beaucoup plus difficile à un père d'exister en tant que parent qu'à une mère. Pas en raison des mérites réciproques, mais bien pour d'obscures considérations idéologiques poussant toujours les juges à un favoritisme maternel éhonté et inutile, puisque rien dans la loi ne les oblige à choisir un parent contre l'autre, et que pour l'enfant les deux parents sont d'égale nécéssité.

Il nous semble absolument nécéssaire d'avoir le courage de connaître ces trajectoires parentales subjectives avant de partir dans de grandes dissertations présentant les pères comme de vilains abandonneurs d'enfants qui ne savent que se rendre absents pour leur chérubins, ainsi qu'il a été fait dans les récentes communications publiques alsaciennes que nous évoquions précédemment.


Christophe C est aujourd'hui âgé d'une quarantaine d'années. Nous l'avions rencontré en 2002, nous nous voyions régulièrement dans le cadre de l'association, puis Christophe disparut. Plus de nouvelles de lui pendant plusieurs années. Aujourd'hui, à l'heure où les spécialistes du point rencontre interviennent en public, Christophe réapparaît et me dit qu'il n'a plus eu aucun contact avec sa fille A. depuis 6 ans. Durant toute cette période il n'a jamais pu l'avoir au téléphone, ne sait pas si les lettres accompagnées de cadeaux qu'il lui a adressé lui ont bien été remises, pas plus qu'il n'a pu la voir en photo afin de constater ce qu'elle est devenue.

Comment en est on arrivé là ?

Je précise tout de suite que notre association a tenté de joindre la maman de l'enfant pour permettre de renouer les liens rompus, mais sans succés.

Pour la relation des faits je cèderai la plume à Christophe lui-même qui a accepté de témoigner de son histoire de parentalité paternelle brisée. Je l'en remercie chaleureusement.

Son témoignage est une oeuvre de remémoration, une tentative de remettre en lumière ce qui s'est effacé du lien parent-enfant en raison de circonstances subjectives et institutionnelles.

Il s'élaborera au fur et à mesure.

Merci à Christophe pour le 1er effort d'écriture actuellement en ligne, la suite viendra.

GcjB


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